DE PHILOSOPHIE. 2o3
autres, et réunies à d’autres portions de matière ; l’âme au con-traire ne pourrait être détruite sans être anéantie ; et pourquoiDieu Vanéantirait-il , lorsqu’il n’anéantit pas le corps même,dont par sa nature elle est indépendante, et dont l’essence estbeaucoup moins noble, et un ouvrage beaucoup moins digne duCréateur ? L’âme est donc immortelle. Or la foi nous apprendque dans les animaux tout périt avec eux. Il n’y a donc réelle-ment dans les animaux, aucun principe spirituel et distingué dela matière ; donc puisque la sensation , la pensée , et la volonténe peuvent appartenir à la matière, les animaux n’ont qu’enapparence des pensées, des sensations, des volontés. Donc lesanimaux sont des machines.
Toutes ces conséquences tiennent, ce me semble , fortementles unes aux autres ; et il paraît difficile d’en attaquer aucune,sans que le coup porte de proche en proche au principe d’oùDescartes est parti, que la pensée ne peut appartenir à l’étendue.Il faut pourtant avouer que parmi ces Conséquences il y en aplusieurs qui sont au moins douteuses, et quelques unes, commecelle du machinisme des bêtes , qui sont révoltantes. En con-clurons-nous que le principe fondamental n’est pas vrai ? A Dieune plaise ; mais voici, fie me semble, la manière dont le sagedoit raisonner. L’expérience semble d’un côté me porter à re-garder mon âme et mon corps comme ne faisantqu’une substance ;le raisonnement d’un autre côté me donne de fortes preuvesde la différence de l’un et de l’autre; la religion vient à l’appuide ces dernières ; c’est donc à elles seules qu’il faut m’en tenir.
Ceci ne contredit point ce que nous avons dit ailleurs , que laspiritualité de l’âme est une vérité qui est du ressort de la raison.Elle l’est en effet,'puisque la raison en fournit les preuves ; maisla foi est nécessaire pour faire le complément de ces preuves ,auxquelles même elle n’ajoute proprement rien , qu’en nous as-surant que la force des preuves est réelle , et que celle <}es ob-jections n’est qu’apparente , et en nous donnant ainsi le moyende nous décider entre les unes et les antres.
En vain dirait-ou que , suivant l’opinion de quelques savanshommes, très-attachés d’ailleurs à la religion , la spiritualité del’âme n’est énoncée clairement en aucun endroit de l’Ecriture ,et par conséquent ne nous est point confirmée par la révélation.Mettant cette discussion à part, l’objection dont il s’agit estbonne tout au plus pour ceux qui bornent la révélation à l’Ecri-ture , mais non pour ceux qui y joignent l’autorité de l’Eglise,destinée à suppléer à l’Ecriture quand elle ne s’explique point,ou ne s’explique pas assez : or cette dernière autorité ne nouslaisse aucun doute sur la spiritualité de notre âme.