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Tome premier.
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UE PHILOSOPHIE. a3 9

mots de la langue , pris dans toutes les classes et tous les genres,peuvent fournir de pareils exemples.

Il faut remarquer encore que le sens propre des mots a unusage fixe, déterminé et unique, en sorte qu’il n’y a jamaisqu’une seule espèce de phrase, où l’on puisse employer ce senspropre; au lieu que le sens par extension et le sens figuré peu-vent avoir différentes acceptions, différentes nuances, se diver-sifier plus ou moins dans ces nuances et ces acceptions, et parconséquent entrer dans différentes sortes de phrases. Pour dis-tinguer ces nuances et ces acceptions différentes , d’abord.dansle sens par extension, ensuite dans le sens figuré , il faut com-mencer par définir les mots dans leur sens propre le plus res-treint et le plus rigoureux , et parcourir ensuite par degréstoutes les nuances que ce premier sens a produites pour exprimerd’autres idées. Par exemple, donner signifie proprement et dansson sens primitif mettre quelque chose de sa main dans celle d’unautre : dans la phrase donner un écu à quelqu’un , donner est prisdans ce sens propre et primitif; dans donner des coups d’épée,le sens propre et primitif commence à recevoir un peu plus d’ex-tension, parce qu’on donne à la vérité de sa main , mais nonplus dans celle d’un autre; dans donner une maison encore da-vantage, parce qu’on ne donne plus ni de sa main, ni dans celled’un autre; dans donner ses ouvrages au public, encore davan-tage , parce que le public, l’être à qui l’on donne, n’est pluscomme dans les exemples précédens , un individu physique,mai > une collection d’individus qui est une espèce d’être abstrait ;enfin dans donner son estime, son affection, l’expression devienttout-à-fait figurée , parce que l’estime, l'affection , sont desetres absolument métaphysiques et intellectuels. De même dansces phrases, sentir une odeur, sentir de la résistance, sentir de.la douleur, sentir de l’amour, sentir de l’amitié pour quelqu’un,sentir un affront, sentir la force d’un raisonnement ; voilà d’a-bord sentir dans son sens propre et primitif, sentir une odeur;ensuite dans ses différeus sens par extension, enfin dans ses diffé-reras sens figurés. Les sens par extension sont: sentir de la résis-tance , qui se rapporte comme dans le premier sens à un objetextérieur et sensible, mais différent, par sa nature et par sonaction, d’un corps odoriférant; sentir de la douleur, qui exprimeune sensation, mais une sensation dont l’objet peut ne pas existerhors de nous-mêmes; de là le sens par extension s’unit au sensfiguré dans sentir de l’amour, qui exprime à la fois une sensa-tion et une afiection de l’âme, et qui par la sensation appartientau sens par extension , et par l’affection de l’âme au sens figuré ;ensuite ce sens figuré se trouve seul dans sentir de ramitié, qui