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Tome premier.
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DE PHILOSOPHIE. 259

ies autres. De là vient à notre langue cette marche uniforme,qui, dit-on , contribue à la clarté , mais qui nuit pour le moinsautant à la vivacité , à la variété et à l’harmonie du discours.C’est principalement cette construction monotone qui a donnéà la langue française le caractère de timidité, ou , si l’on veut,de sagesse qui lui est propre, mais qui l'empêchant de se per-mettre presque aucune licence, fait le désespoir des traducteurset des poètes.

Il ne faut pas croire cependant que notre langue , gênée partant de liens, 11’ait aucun avantage qui lui soit propre. Nousen avons indiqué quelques uns ; l’usage fait connaître tons lesjours qu’il est certaines idéesou plutôt certaines nuances d’idées,qu’une langue exprime, et qui manquent à une autre, mêmebeaucoup plus riche d’ailleurs. Tel est , pour ne citer qu’unexemple seul, l’aoriste des verbes français, qui exprime unenuance du temps passé , et qui manque aux verbes latins ; ceux-ci n’ont que le mot fui , pour exprimer ce que la langue fran-çaise peut rendre par les mots j’ai été , ou je fus , suivant lesdifférens rapports sous lesquels 011 considère le temps passé. Demême il n’y a point de langue qui ne puisse rendre par un seulmot certaines idées qu’une autre langue ne pourrait développerque parupe périphrase; il n’y en a point qui ne puisse exprimer,par des mots ou plus courts ou plus sonores , certaines idéesqu’une autre langue serait foroée de rendre par des mots ouplus longs ou plus sourds : or la brièveté et l’harmonie sont en-core des avantages dans les langues, la brièveté pour le plaisirde l’esprit, l’harmonie pour celui de l’oreille.

En un mot, il 11’y a point d’ouvrage écrit originairementdans une langue, qui étant traduit dans une autre , ne doive àcertains égards-y perdre plus ou moins , et y gagner plus oumoins à d’autres. La seule harmonie du style, dont nous par-lions il n’y a qu’un moment, peut suffire pour rendre un écrivaintrès-rebelle à la traduction. Traduisez Cicéron , sans lui con-server cette qualité , vous ne ferez qu’une copie informe et lan-guissante ; et combien est-il difficile de concilier cette harmonieavec les autres qualités qu’une pareille traduction doit avoir,la justesse du sens, la propriété , la facilité , la simplicité destermes? Je me souviens qu’ayant voulu autrefois traduire, pouren orner mes Réflexions sur l’élocution oratoire , la pérorai-son de Cicéron pro Flacco , assez peu connue , et pourtant biendigne de 1 etre , je fus tout à coup dégoûté de cette entrepriseen me rappelant la dernière phrase de cette péroraison ; Mise-rem inifamiliœ , Juthces, miseremini jbrtissimi patris , misere-nnni filii ; nomen clarissimwn et fortissimum, vel generis , vel