DE PHILOSOPHIE. 261
que moins un sujet l’intéresse, plus il trouve presque toujoursde facilité pour le connaître; et cela est si vrai que dans l’étudemême de la nature, les premiers principes, dont il nous impor-terait le plus d’être instruits , sont absolument cachés pour nous.Mais sans nous consumer en regrets inutiles sur les biens dontnous sommes privés , profitons de ceux dont il nous est permisde jouir.
L’étude de la nature est celle des propriétés des corps ; et leurspropriétés dépendent de deux choses , de leur mouvement et deleur figure. Ainsi les sciences qui s’occupent de ces deux points,c’est-à-dire, la mécanique et la géométrie , sont les deux clefsindispensablement nécessaires de la physique. La géométrie quidoit précéder, comme plus simple, doit elle-même être précédéepar une autre science plus universelle , celle qui traite des pro-priétés de la grandeur en général, et qu’on appelle algèbre. Deuxraisons doivent donner à cette science un rang distingué dansdes élémens de philosophie. La première , c’est que la connais-sance de l’algèbre facilite infiniment l’étude de la géométrie etde la mécanique , et qu’elle est même absolument nécessaire à lapartie transcendante de ces deux sciences, dont la physique ,prise dans toute son étendue , ne saurait se passer. La seconde,c’est que s’il y a des sciences qui doivent avoir place par préfé-rence dans des élémens de philosophie, ce sont sans doute cellesqui renferment les connaissances les plus certaines accordées ànos lumières naturelles. Or l’algèbre tient le premier rang parmices sciences , puisqu’elle est l’instrument des découvertes quenous pouvons faire sur la grandeur.
Néanmoins toute certaine qu’elle est dans ses principes, etdans les conséquences qu’elle en tire , il faut avouer qu’elle n’estpas encore tout-à-fait exempte d’obscurité à certains égards (1).Est-ce la faute de l’algèbre? Ne serait-ce pas plutôt celle desauteurs qui l’ont traitée jusqu’ici ? Que la mécanique , que lagéométrie même nous laissent dans l’esprit quelques nuages surdes propositions démontrées d’ailleurs, on peut n’en être pasétonné. L’objet de ces deux sciences est matériel et sensible, etla connaissance parfaite de cet objet tient à celle des corps et del’étendue dont nous ignorons la nature. Mais les principes del’algèbre ne portent que sur des notions purement intellectuelles,sur des idées que nous nous formons à nous-mêmes par abstrac-tion, en simplifiant et en généralisant des idées premières ; ainsices principes ne contiennent proprement que ce que nous yavons mis, et ce qu’il y a de plus simple dans nos perceptions ;
(1) Pour n’en citer qu’un seul exemple, je ne connais aucun onvrage où ce.qui regarde la théorie des quantités négatives soit parfaitement éclairci.