3io ÊLÉMENS
duits est évidemment la résistance totale. Toute la difficulté seréduit donc à savoir si on doit mesurer la force par la quantitéabsolue des obstacles, ou par la somme de leurs résistances. 11paraîtrait plus nat urel de mesurer la force de cette dernière ma-nière ; car un obstacle n’est tel qu’en tant qu’il résiste ; et c’est àproprement parler la somme des résistances qui est l’obstaclevaincu; d’ail leurs, en estimant ainsi la force, on a l’avantage d’avoirpour l’équilibre et pour le mouvement retardé une mesure com-mune. Néanmoins comme nous n’avons d’idée précise et distinctedu mot de force, qu’en restreignant ce terme à exprimer un effet,je crois qu’on doit laisser chacun le maître de se décider commeil voudra là-dessus; et toute la question ne peut plus consisterque dans une discussion métaphysique très-futile , ou dans unedispute de mots plus indigne encore d’occuper des philosophes.
Tout ce que nous venons de dire suffit pour le faire sentir à noslecteurs. Mais une réllexion bien naturelle achèvera de les enconvaincre. Soit qu’un corps ait une simple tendance à se mou-voir avec une certaine vitesse, tendance arrêtée par quelqueobstacle; soit qu’il se meuve réellement et uniformément aveccette vitesse; soit enfin qu’il commence à se mouvoir avec cettememe vitesse , laquelle se consume et s’anéantisse peu à peu parquelque cause que ce puisse être ; dans tous ces cas, l’effet pro-duit par le corps est différent, mais le corps considéré en lui-même n’a rien de plus dans un cas que dans un autre ; seulementl’action de la cause qui produit l’effet est différemment appliquée.Dans le premier cas , l’effet se réduit à une simple tendance, quin’a point proprement de mesure précise , puisqu’il n’en résulteaucun mouvement ; dans le second , l’effet est l’espace parcouruuniformément dans un temps donné , et cet effet est proportion-nel à la vitesse ; dans le troisième, l’effet est l’espace parcourujusqu’à l’extinction totale du mouvement, et cet effet est commele carré de la vitesse. Or ces différens effets sont évidemmentproduits par une même cause ; donc ceux qui ont dit que la forceétait tantôt comme la vitesse, tantôt comme son carré, n’ontpu entendre parler que de l’effet, quand ils se sont exprimés dela sorte. Cette diversité d’effets, provenant tons d’une mêmecause , peut servir , pour le dire en passant, à faire voir le peude jivtesse et de précision de l’axiome prétendu si souvent nusen usage, sur la proportionnalité des causes à leurs effets.
Enfin ceux même qui ne seraient pas en état de remonterjusqu’aux principes métaphysiques de la question des forces vi-ves, verront aisément qu’elle n’est qu’une dispute de mots,s’ils considèrent que les deux partis sont d’ailleurs entière-ment d’accord sur les principes fondamentaux de l’équilibre et