DE PHILOSOPHIE. 327
deux exemples. Les philosophes conviennent unanimement quele fJux et reflux de la mer est dû principalement à l’action dela lune ; mais ils se partagent sur la manière dont cette actionproduit le flux et reflux. Les Cartésiens prétendent que lalune en passant au-dessus de la terre presse le fluide renferméentre la terre et elle, et que la pression de ce fluide fait souleverles eaux au-dessous de la lune. On leur objecte avec raison quecette pression devrait refouler les eaux au lieu de les élever.Mais de leur côté ils objectent aux Newtoniens, que si l’attrac-tion de la lune sur la terre produisait le flux et reflux, cetteattraction en élevant les eaux dans le méridien au-dessus duquella lune est placée , devrait les abaisser dans la partie opposée dumême méridien ; or il est bien constaté par les observations queles eaux s’élèvent également quand la lune passe au méridien ,«oit au-dessus soit au-dessous de l’horizon. Pour répondre sansfigure , sans calcul , et d’une manière simple et facile àcette objection tant répétée , une des principales que les Carté-siens ont opposée au système de la gravitation , imaginons quela terre soit une masse en partie solide et en partie fluide , etque la lune exerce son attraction sur cette masse ; supposons deplus que les parties dont la terre est composée gravitent versson centre, en même temps qu’elles sont attirées par la lune ;il est certain que si toutes les parties du fluide et du globe qu’ilcouvre étaient attirées avec une égale force, et suivant des di-rections parallèles, l’action de la lune n’aurait d’autre effetque de mouvoir ou de déplacer toute la masse du globe et dufluide, sans causer d’ailleurs aucun dérangement dans la situartion respective de leurs parties. Mais suivant les lois de l’attrac-tion , les parties de l’hémisphère supérieur, c’est-à-dire decelui qui est le plus près de la lune , sont attirées avec plus deforce que le centre du globe , et au contraire les parties del’hémisphère inférieur sont attirées avec moins de foyce ; d’où ils’ensuit que le centre du globe étant mû par l’action de la lune,le fluide qui couvre l’hémisphère supérieur , et qui estattiré plusfortement , doit tendre à se mouvoir plus vite que le centre , etpar conséquent s’élever avec une force égale à l’excès de laforce qui l’attire sur celle qui attire le centre. Au contraire lefluide de l’hémisphère inférieur étant moins attiré que le centredu globe, doit se mouvoir moins vite ; il doit donc fuir ce centrepour ainsi dire, et s’en éloigner avec une force à peu près égalea celle du fluide de l’hémisphère supérieur. Ainsi le fluides elevera aux deux points opposés qui sont dans la ligne par oùpasse la lune. Toutes les parties de ce fluide accourront, si 011peut s’exprimer ainsi, pour s’approcher de ces jîoints avec d’an-