DE L’ÉQUILIBRE. 3 99
approfondie, que Marc-Laurin a fait tous ses efforts pour ren-verser, et à laquelle enfin les e'crits d’un grand nombre de mathé-maticiens illustres ont contribué à intéresser le public. Ainsi,sans fatiguer le lecteur par le détail de tout ce qui a été dit surcette question , il ne sera pas hors de propos d’exposer ici très-succinctement les principes qui peuvent servir à la résoudre.
Quand on parle de la force des corps en mouvement, ou l’onn’attaclie point d’idée nette au mot qu’on prononce , ou l’on nepeut entendre par là en général que la propriété qu’ont les corpsqui se meuvent, de vaincre les obstacles qu’ils rencontrent, oude leur résister. Ce n’est donc ni par l’espace qu’un corps par-court uniformément, ni par le temps qu’il emploie à le parcou-rir, ni enfin par la considération simple, unique et abstraite desa masse et de sa vitesse qu’on doit estimer immédiatement laforce ; c’est uniquement par les obstacles qu’un corps rencontre,et par la résistance que lui font ces obstacles. Plus l’obstaclequ’un corps peut vaincre , ou auquel il peut résister, est consi-dérable , plus on peut dire que sa force est grande , pourvu quesans vouloir représenter par ce mot un prétendu être qui résidedans le corps , on ne s’en serve que comme d’une manière abré-gée d’exprimer un fait, à peu près comme on dit qu’un corps adeux fois autant de vitesse qu’un autre , au lieu de dire qu’il par-court en temps égal deux fois autant d’espace, sans prétendre pourcela que ce mot de vitesse représente un être inhérent au corps.
Ceci bien entendu, il est clair qu’on peut opposer au mou-vement d’un corps trois sortes d’obstacles : ou des obstaclesinvincibles qui anéantissent tout-à-fait son mouvement, quelqu’il puisse être, ou des obstacles qui n’aient précisément quela résistance nécessaire pour anéantir le mouvement du corps,et qui l’anéantissent dans un instant, c’est le cas de l’équilibre;ou enfin des obstacles qui anéantissent le mouvement peu à peu,c’est le cas du mouvement retardé. Comme les obstacles insur-montables anéantissent également toutes sortes de mouvemens,ils ne peuvent servir à faire connaître la force : ce n’est doncque dans l’équilibre ou dans le mouvement retardé qu’on doiten chercher la mesure. Or tout le monde convient qu’il y aéquilibre entre deux corps, quand les produits de leurs massespar leurs vitesses virtuelles, c’est-à-dire par les vitesses aveclesquelles ils tendent à se mouvoir, sont égaux de part et d’autxe.Donc, dans l’équilibre, le produit de la masse par la vitesse, ou,ce qui est la même chose, la quantité de mouvement peut re-présenter la force. Tout le monde convient aussi que , dans lemouvement relardé, le nombre des obstacles vaincus est commele carré de la vitesse ; en sorte qu’un corps qui a fermé un res-