SUR L’INOCULATION. 489
entre eux sur les faits qui doivent servir de base à leurs raison-nemens; la seconde, qu’il serait bien à souhaiter, pour consta-ter ces faits, que, dans chaque pays et dans chaque ville, les mé-decins tinssent, avec toute l’exactitude et la bonne foi possible,des registres exacts des malades qu’ils traitent de la petite vé-role, de leur tempérament, de leur âge, et du sort qu’ils au-raient eu par cette maladie : ces registres, donnés au publicpar les Facultés de médecine ou par les particuliers, seraientcertainement d’une utilité plus palpable et plus prochaine , queles recueils d’observations météorologiques publiés avec tant desoin par nos Académies depuis 70 ans, et qui pourtant, à cer-tains égards, ne sont pas eux-mêmes sans utilité.
§ IX. A quelles personnes Vinoculation doit surtout être utile ,si elle l’est réellement en elle-même.
Ce qui paraît incontestable , c’est que la petite vérole est plusdangereuse à Paris, au moins pour une certaine classe de per-sonnes, que ne le prétendent quelques adversaires de l’inocula-tion. Dans un mémoire publié depuis peu, on assure que de100 jeunes demoiselles attaquées à Saint-Cyr de cette maladieen 1764, il n’en est mort qu’une seule; mais que conclure decet exemple? tout au plus qu’il y a des années où la petite vé-role est extrêmement bénigne, surtout pour des enfans quin’ont point encore le sang altéré par les veilles, par l’intempé-rance, par les chagrins, par les passions : peut-être par cesmêmes raisons la petite vérole n’est-elle pas fort à craindre pourles gens du peuple, dont la vie simple et frugale doit moinsdétruire le tempérament; mais peut-on nier que cette maladiene soit très-redoutable à Paris pour ce qu’on appelle les gens dumonde, que l’aisance et l’oisiveté invitent et livrent à une viemolle, déréglée, et très-contraire au bon état de l’économieanimale? Quand quelqu’une de ces personnes, qu’on appelleconnues , est attaquée de la petite vérole, c’est une nouvelle quin’est pas ignorée de tous ceux qui vivent dans le monde ; orj’en appelle à la voix publique; combien n’est-il pas ordinaired’entendre dire que ces personnes qu’on a su malades de la pe-tite vérole, en sont mortes? Je crois que quand on avanceraitque ce malheur arrive à un sur quatre , on ne se tromperait pasbeaucoup; il est vraisemblable, je l’avoue , que dans la plupartdes autres états de la société, la petite vérole est beaucoupmoins meurtrière; aussi suis-je persuadé que si l’inoculationest réellement avantageuse , c’est principalement aux gens dumonde, aux personnes de la cour, aux citoyens aisés ou opu-