SUR L’INOCULATION. 4 9 5
lier raisonnement que je me souviens d’avoir lu autrefois dansune dissertation sur les loteries ; dissertation non pas philoso-phique, mathématique encore moins, mais théologique , ou soi-disant telle. Au lieu de beaucoup d’excellentes raisons qu’onpeut apporter contre cette espèce de jeu, pour en détourner lescitoyens sages, l’auteur appuie principalement sur un principequ’il applique en général à tous les jeux de hasard , de quelqueespèce qu’ils soient ; c’est que jouer à ces jeux, c’est tenter Dieu,et commettre par conséquent, suivant S. Paul, un grand pé-ché ; d’où il résulte que c’est un grand péché que de jouer audoigt mouillé ou à la courte paille. Peut-on faire des préceptesde la religion un abus plus ridicule , et par conséquent pluscondamnable? C’est pourtant un grave janséniste, accrédité etconsidéré parmi les siens, qui fait de pareils raisonnemens,très-dignes à la vérité d’être accueillis et admirés dans son parti.Il y a tout lieu de croire que ce théologien scrupuleux, quicraindrait si fort de tenter Dieu en jouant au trictrac, et qui necraindrait peut-être pas de le tenter en se faisant donner descoups de bûche, ne serait pas favorable à l’inoculation; et ilfaut avouer que c’est là un grand malheur pour elle.
La question de l’inoculation est sans doute bien plus du res-sort de la Faculté de médecine que de celle de théologie ; maisdans les hypothèses que nous avons faites, je ne vois pas parquel motif la première de ces Facultés s’opposerait à cette opé-ration, quand même elle serait beaucoup plus mortelle quenous ne l’avons supposé. Il suffit que dans ces hypothèses ellesoit avantageuse à l’État, pour qu’aucun corps de l’État ne doivey mettre obstacle. Quand même il en résulterait quelques ris-ques pour les particuliers, risques peu avérés jusqu’ici, commenous le verrons plus bas, des médecins que l’État consulte surce qui est plus ou moins utile à la totalité de ses membres ,doivent mettre cette considération à l’écart; elle ne doit entrerque dans les réponses qu’ils pourront faire aux particuliers quiles consulteront ; et elle doit y entrer plus ou moins , suivantles circonstances où ces particuliers se trouvent, et suivant leslumières que peuvent avoir acquises les médecins qu’ils con-sultent.
§ XIV. Oit Ton détruit un fait très-faux avancé par les adver-saires de l’inoculation.
En finissant cette seconde partie, je me crois obligé d’assurerla fausseté d’un fait avancé, dit-on, dans une brochure que jen’ai point lue. L’auteur de cette brochure prétend que le roi de