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Tome premier.
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EN MATIÈRE DE RELIGION. 55 9

donc commencé à exister ; voilà le point fixe d’on l’on doit par-tir. Mais Dieu a-t-il arrangé les différentes parties de la ma-tière dès le moment qu’il Va créée, ou le chaos a-t-il existé plusou moins de temps avant la séparation de ses parties ? voilà surquoi il est permis aux philosophes de se partager. En effet, s’iln’y a dans les corps qu s, figure et mouvement, comme la sainephysique le reconnaît, quel inconvénient y a-t-il à dire quel’Etre suprême, en créant la matière et en la formant d’abordd'une seule, masse homogène et informe en apparence, a impriméà ses différentes parties le mouvement nécessaire pour se séparerou se rapprocher les unes des autres, et produire par ce moyenles différons corps ; que de cette grande opération, l’ouvrage dugéomètre éternel, sont sortis successivement et dans le tempsprescrit par le Créateur, la lumière, les astres, les animaux etles plantes? Cette idée si grande et si noble, non-seulement n’arien de contraire à la puissance ni à la sagesse divine, mais nesert peut-être qu’à la développer davantage à nos yeux. D’ail-leurs l’existence du chaos, avant la séparation de ses parties ,est une hypothèse nécessaire à l’explication physique de la for-mation du globe terrestre. L’Etre suprême a pu, dans un mêmeinstant, créer et arranger le monde, sans qu’il soit défendu pourcela au philosophe de cliersher de quelle manière il aurait puêtre produit dans un temps plus long , et en vertu des seules loisdu mouvement établies par l’Auteur de la nature. Le système, dece philosophe pourra être plus ou moins d’accord avec les phéno-mènes; mais c’est en physicien, et non en théologien qu’il fautle juger. Ainsi les Newtoniens, pour expliquer la figure de laterre, supposent quelle a été originairement fluide. Ainsi Des-cartes l’a regardée comme ayant été autrefois un soleil, obscurciet étouffé depuis par une croûte épaisse dont il s’est couvert ;hypothèse qui a essuyé d’aussi pitoyables chicanes de la part dequelques théologiens, que de bonnes objections de la part desphilosophes.

XVII. Aucun physicien ne doute aujourd’hui que la mern’ait couvert une grande partie de la terre habitée. Il paraîtmême impossible d’attribuer uniquement au déluge tous les ves-tiges qui restent d’une inondation si ancienne. On a attaqué cetteopinion comme contraire à l’Ecriture; il ne faut, qu’ouvrir la Ge-nèse pour voir combien une pareille imputation est injuste. Autroisième jour Dieu dit : que les eaux qui couvrent la terre, se ras-semblent en un seid heu, et que la terre ferme paraisse : ce pas-sage a-t-il besoin de commentaire? Peut-être trouverait-on dansle même chapitre des preuves de l’existence du chaos avant la