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Tome premier.
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564
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564 DE L’ABUS DE LA CRITIQUE

celles de l’existence de Dieu , plus il doit en tirer de lumières,plus il doit être en état de rendre à la Divinité ce culte raison-nable qui seul peut vraiment l’honorer, et qui est un de sespremiers préceptes. Par conséquent la meilleure manière d’éta-blir qu’il ne peut y avoir des alliées de bonne foi, est de prouveravec la plus grande évidence la vérité qu’ils combattent. N’imi-tons pas un écrivain moderne, qui commence par soutenir qu’iln’y a point d’incrédules, et qui finit par les réfuter. D’ail-leurs , qu’importe à une vérité incontestable les motifs de ceuxqui la nient ? Que fait-on pour la persuader en refusant à sesadversaires la probité et la bonne foi? C’est imiter le maîtred’école de la fable, qui dit des injures à l’enfant qui se noie, etlui fait une harangue avant de le sauver. Peut-on se dissimulerenfin que plusieurs philosophes, tant anciens que modernes, ac-cusés d’athéisme ou de septieisme , ont eu , du moins en appa-rence , une conduite irréprochable , et se sont montrés aussiréglés dans leurs mœurs, qu’aveugles et inconséquens dans leursopinions? Frappe, mais écoule, disait Thémistocle à Euri-biade ; on pourrait dire à quelques uns des prétendus vengeursde la religion : frappe, mais raisonne. Malheureusement il està croire qu’on leur répétera long-temps sans fruit cet avis sisalutaire et si sage. L’excès en toutes choses est l’élément del’homme, sa nature est de se passionner sur tous les objets dontil s’occupe ; la modération est pour lui un état forcé , ce n’estjamais que par contrainte ou par réflexion qu’il s’y soumet ; etquand le respect qui est dû à la cause qu’il défend peut servir deprétexte à son animosité , il s’y abandonne sans retenue et sansremords. Le faux zèle aurait-il oublié que l’Evangile a deuxpréceptes également indispensables, l’amour de Dieu et celuidu prochain ? et croit-il mieux pratiquer le premier en violantle second.

XXV. Ce ne sont pas seulement les injures qui peuvent nuireà la défense du christianisme, c’est encore la nature des accu-sations et des accusés. Plus on serait coupable de prêcher l’ir-réligion , plus il est criminel d’en accuser ceux qui ne la prêchentpas en effet. En cette matière plus qu’en aucune autre , c’estsur ce qu’on a écrit qu’on doit être jugé, et non sur ce qu’onest soupçonné mal à propos de penser ou d’avoir voulu dire. Lafoi est un don de Dieu , qu’il ne dépend pas de nous seuls denous procurer; et tout ce (pie la société ordonne est de respecterce don précieux dans ceux qui ont le bonheur d’en jouir. C’estaux hommes à prononcer sur les discours, et à Dieu seul à jugerles cœurs. Ainsi l’accusation d’irréligion , surtout quand on