EN MATIÈRE DE RELIGION. 5%)
des insensés dépouillaient leur famille pour enrichir des moinesignorons et inutiles ; que les controverses ridicules des Grecssur des absurdités ont avancé la perte de leur Empire (i) ; queVon a osé regarder comme jugemens de Dieu , des épreuvesincertaines et cruelles , dont le fruit était souvent la condam-nation des innocens et l’absolution des coupables ( 2 ) ; qu’unedes plus riches parties du monde a été dévastée par des mons-tres , qui en faisaient mourir les habitans dans les supplicespour les convertir ; que la moitié de notre nation s’est baignéedans le sang de Vautre , enfin que l’étendard de la révolte aété mis à la main des sujets contre leurs souverains , et le glaiveà la main des souverains contre leurs sujets (3). C’est par les
imputant aux péchés des croisés les malheurs de leur entreprise; il oubliaitque la première croisade avait été plus heureuse, sans que les croisés enfussent plus dignes, et ne s’apercevait pas , dit Fleury, qu’une preuve quin'est pas toujours concluante ne l’esl jamais .
(1) Vers le milieu du quatorzième siècle, quelques moines imbéciles dumont Athos, h qui de longs et fréquens jeûnes avaient apparemment échaufféJe cerveau, s’imaginèrent qu’ils voyaient à leur nombril la lumière du Thabor ,et passaient leur temps à la contempler. Voilà une hérésie bien triste. Ilsprétendaient de plus que cette lumière était incréée , n’étant autre chose queDieu meme. Iîarlaam, leur adversaire, plus ridicule qu’eux en ce qu’il lesattaquait sérieusement, eut le crédit de faire assembler à Constantinople unconcile contre ces visionnaires; il n’avait pas prévu qu’il y serait condamné.•Ce fut pourtant ce qui arriva. L’empereur grec, Andronic Paléologue, haran-gua ce prétendu concile avec tant de véhémence qu’il en mourut quelquesjours après; digne fin d’un empereur! C’est cet Andronic Paléologue quilaissa périr la marine dans ses Etats, parce qu’on l’assura que Dieu était sicontent de son zèle pour l'Eglise, que ses ennemis n’oseraient pas l'attaquer.Le meme empereur regrettait le temps qu’il dérobait aux disputes théologiquespour le donner au soin de ses affaires. La querelle des Grecs sur la lumièrede Thabor dura jusqu’à la destruction de l’Empire, et subsistait même avecviolence tandis que Bajazct assiégeait Constantinople. Toutes ces ridiculescontroverses auxquelles les empereurs prirent trop de part, hâtèrent leurchute en leur faisant négliger le gouvernement.
(2) On peut voir dans un grand nombre d’ouvrages le détail de ces sortes•d’épreuves, et les raisons qui les ont fait abolir. On décidait généralementpar ce moyen toutes sortes de questions. On alla jusqu’à jeter deux misselsau feu pour connaître quel était le meilleur; il arriva la chose du monde laplus extraordinaire , et qu’on avait le moins prévue , les deux missels furentbntlés. Dans la première croisade un clerc provençal se soumit à l'épreuve dufou pour prouver une révélation qu’il disait avoir eue sur la découverte de lasainte lance ; le provençal en mourut. L’événement de ces sortes d’épreuveseut toujours été aussi simple, si on y eût toujours agi de bonne foi; maisdans les siècles d’ignorance comme dans les autres, les hommes ont sutromper.
( 3 ) Nous ne pouvons mieux terminer ces notes que par un passage de
Fleury. Il est triste, je le sens bien, dit-il, de relever ces faits peu édi-fions . Mais le fondement de l'histoire est la vérité . Deux sortes de
personnes trouvent mauvais que Von rappoj'te ces faits désavantageux à.IEglise. Les premiers sont des politiques profanes, qui ne connaissant point