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Tome deuxième.
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126 MÉMOIRES

le repos de la Suède, et de pre’venir aussi l’ambition de quel-ques maisons suédoises , qui auraient pu après sa mort, disputerla couronne. On assigna a Charles Gustave un certain revenupour l’entretien de sa cour. Mais la reine dit que c’était un se-cret de la famille royale de ne donner aucune terre à un princehéréditaire ; secret qui ne mérite guère ce nom, et que les princesdespotiques les plus bornés auront toujours pour maxime. Chris-tine , parle meme motif, éloigna toujours des affaires le princeCharles Gustave , pendant qu’elle gouverna la Suède : quoi-qu’elle aimât peu le trône, son génie indépendant ne voulaitrien qui la gênât , tant qu’il lui plairait de l’occuper.

Ce futdans ce temps-là qu’arrivèrent les troubles de la France, laguerre de la Fronde, cette guerre, plus fameuse par le ridicule quila couvrit, que par les maux qu’elle pensa entraîner après elle ,l’exil de Mazarin, son retour, son nouvel exil, l’emprisonnementdes princes , les assemblées bruyantes du parlement, qui ren-dait des arrêts pendant qu’011 donnait des batailles , et décrétaitdes armées de prise de corps. L’amour de Christine pour latranquillité , la crainte que cette guerre civile ne fut l’occasiond’une nouvelle guerre au dehors , et peut-être le goût qu’elleavait toujours conservé pour le prince de Condé, l’engagèrent àprendre part à ces troubles ; elle écrivit à la reine Anne d’Au-triche , au duc d’Orléans, aux princes , au parlement même, deslettres qui n’eurent d’autre effet que d’attirer à son résident desplaintes de ki cour de France , et des réprimandes de sa part ,quoiqu’il n’eût fait que suivre ses ordres. Ces troubles, quiavaient commencé sans elle, finirent bientôt sans sa médiation.Le parlement , qui avait été sur le point de traiter avec celteprincesse, fut exilé à Pontoise, et trop heureux d’en revenirpour complimenter, quelques années après , ce même cardinaldont il avait mis la tete à prix. Le prince de Condé , fugitif chezles Espagnols, perdit tout , excepté sa gloire ; et Mazarin restamaître, jusqu à sa mort, de la reine , du roi et de l’Etat.

L’amour que Christine avait ou affectait pour les hommes il-lustres, lui fit souhaiter d’attirer auprès d’elle le célèbre Des-cartes ( en i 65 o ) , le restaurateur de la philosophie , ignoré enFrance sa patrie, pour avoir été plus occupé des sciences que desa fortune , mis à l’index a Rome pour avoir cru sur le mouve-ment de la terre les observations astronomiques plutôt que lesbulles des papes, et persécuté en Hollande pour avoir substituéau jargon des scolastiques la vraie méthode de philosopher.Christine , charmée de quelques écrits de ce grand homme , luiavait fait proposer plusieurs de ces questions de morale que lesphilosophes agitent depuis long-temps, sans qu’elles soient dé-