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Tome deuxième.
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SUR CHRISTINE. i33

d’un prince , qu’on regarde son abdication comme un sacrificeéclatant. Précipiterait-on ainsi son jugement si l’on voulait ap-profondir ce que le nom de monarque impose à celui qui le porte?Esclave de la justice et de la décence, obligé d observer lepremier les lois dont il est le dépositaire, il est comptable enversl'Etat de tout le maUqui se fait sous son nom et de tout le bienqui ne se fait pas. Combien peu de rois voudraient l’être, à con-dition de l’être en effet ! Si donc un prince possède les talensnécessaires pour gouverner, c’est un crime de les rendre inutilespar une démission volontaire. Il n’aurait d’excuse qu’en se donnantun successeur capable de le remplacer ; mais outre qu’un telsuccesseur est bien rare , c’est souvent un motif tout contrairequi a déterminé quelques princes , parce qu’ils n’aimaient queleur gloire , et nullement les hommes. A l’égard des rois qui nequittent le trône que par défaut de capacité , ils ne font en celaque s’acquitter djun devoir essentiel. Cependant il est certainsdevoirs qu’il faut tenir compte aux hommes de remplir, lorsqu’enles remplissant ils renoncent à de grands avantages. Le devoirdont nous parlons est de ce nombre, et les princes qui ont quittéle trône mériteraient des éloges , si cette démarche avait été lefruit de la justice qu’ils se rendaient, et du peu de talens qu’ilsse sentaient pour régner. Mais la plupart n’ont pas même eul’avantage de faire cette action juste par un motif louable. L’a-mour de l’oisiveté, le désir de satisfaire en paix à des goûts vilsou subalternes, sont presque toujours les principes de leur abdi-cation. Us croient que rien ne leur manque pour régner quela volonté ; aussi cette volonté renaît-elle souvent en eux aprèsleur retraite pour en être le tourment. Un des plus grandsavantages que les princes puissent se procurer en descendantdu trône , c’est de s’assurer par ce moyen de la réalité des élogesqu’on leur a prodigués dans le temps de leur pouvoir , de voircclipser les flatteurs , et de se trouver seuls avec leur vertu , s’ilssont assez heureux pour en avoir. Mais il n’y a pas d’apparencequ’un tel avantage flatte beaucoup les souverains , et l’exempledes rois qui se privent volontairement de leurs courtisans , n’estpas contagieux.

On assure que Christine , avant que d’abdiquer la couronne ,eut dessein de faire avec le prince Charles Gustave un traité quieut été trop onéreux pour ce dernier. Elle voulait se réserver laplus grande partie du royaume, être absolument indépendante ,avoir la liberté de voyager ou de rester en tel endroit de Suèdeff u d lui plairait; enfin elle prétendait que son successeur ne| aucun changement dans les places qu’elle aurait données.

arles, q u ; ava i(; cherché d’abord à dissuader Christine de son