DE CLERMONT-TONNERRE. 179
les Français, par sa fondation académique , les transports dontil était si vivement animé. Mais enfin la compagnie, après avoirsatisfait, durant près de cent ans, à l’intention si louable de M. deClermont-Tonnerre , après avoir , si l’on peut parler ainsi ,étouffé sous les lauriers la cendre de Louis-le-Grand , a jugéqu’il était temps d’abandonner à la véracité de l’histoire le por-trait d’un prince trop souvent loué par la llatterie, et a résolude laisser presque toujours aux jeunes poètes le choix des sujetsqu’ils voudraient traiter.
Louis XIV fut pendant toute sa vie, non-seulement l’objet,mais souvent le juge des éloges poétiques , fondés à l’Académiepar l’évêque de Noyon. Si dans la pièce qui paraissait digne duprix , soit pour la finesse , soit pour la masse des louanges , il setrouvait quelque trait , ou hasardé , ou simplement équivoque ,le fondateur avait, dans ce cas , imposé à ses confrères une loi ,qu’ils n’auraient pas manqué de s’imposer eux-mêmes , celle deconsulter le monarque sur l’endroit douteux ; et l’on sent bienque le consulter, c’était s’obliger d’avance à suivre sa décision,L’Académie faisait plus ; avant de publier le sujet du prix depoésie, elle avait soin de mettre ce sujet sous les yeux de sonprotecteur, pour obtenir qu’il l’agréât. Celle précaution avaitencore été expressément recommandée par l’évêque de Noyon ;et ce prélat, une année avant sa mort;, eut occasion d’éprou-ver combien la précaution était sage et nécessaire. En 1700,l’Académie avait dessein de donner le sujet suivant : Quele roi possédé dans un degré si éminent toutes les vertus ,iju'il est impossible de juger quelle est celle qui fait son princi-pal caractère. Le roi, tout aguerri qu’il était à l’adulalion,'trouva, ditun célèbre écrivain , ce coup d'encensoir assommant,et défendit que le sujet fût proposé. La compagnie , craignantpresque autant d’avoir déplu au monarque , que si elle l’avaitoffensé, prit le parti, par le conseil de M. de Clermont-Ton-nerre , d’adoucir un peu l’éloge de la manière suivante : Que leroi réunit en sa personne tant île grandes qualités , qu'il est dif-ficile de juger quelle est celle qui fait son jinnc/pal caractère.Le roi jugea la dose d’encens encore trop forte , quoiqu'on eneût ôté quelques grains ; enfin l’Academie et l’évêque de Noyon,très-adligés de se voir si tristement éconduits dans les témoi-gnages redoublés de leur zèle , proposèrent en tremblant ce troi-sième sujet : Que le roi n est pas moins distingué par les vertuslui J' 0 nt l'honnéte homme, que par celles qui font les grandsr °is ; et la modestie du monarque, lasse apparemment de lutter,consentit au nouvel hommage que lui diraient des adorateurssi opiniâtres (6).