188 NOTES S EU L’APOLOCIE
franchise, elle peut même faire un tort irréparable à leur réputationlittéraire. Vellcius Patcrculus , ccl écrivain si plein (l’esprit, et quiest, si on peut employer cetle expression, la miniature de Tacite,comme Florus est celle deSalluste, aurait peut-être été mis par lapostérité au rang des premiers historiens, s’il n’avait souillé son ou-vrage pour les plus vils éloges de Séjan ctdeTibère. Ces éloges inspi-rent une telle indignation contre L’adulateur , qu’on ne lui sait aucungré des louanges pleines de force et de noblesse qu’il a données à Ci-céron, et de son éloquente déclamation contre Marc-Antoine : onsent que ces louanges et cette déclamation lui ont été dictées par leméprisable motif de faire sa cour à la famille d’Auguste, et que lemonument même qu’il a élevé au défenseur de la liberté , est l’ouvragede la servitude et de la bassesse *. Parmi nous, l’immortel Quinault,quoiqu’il ait célébré un monarque digne de louanges à bien des titres,quoiqu il 1 ait louéavecune sorte de grandeur, et souvent avec finesse,serait aujourd’hui presque ignoré , s’il u’avait fait que les prologues,d’ailleurs très-ingénieux, de ses opéras; prologues où l’éloge deLouis XIV est porté jusqu’à l’excès de la fadeur : aussi ont-ils disparudu théâtre même, qui en a retenti si long-temps. Ils y seraient au-jourd’hui révoltons ou insipides , malgré toute l’adresse et toute l’in-vention que l’auteur y a mise. Rien, par exemple, n’est plus ingénieuxque l’idée du prologue de Cadmus et d'tîermione ; c’est le Soleil quitue le serpent Python; allusion ail roi, dont la devise , bien plus en-core dans scs médailles que dans ses actions, était le Soleil % et auxmarais de la Hollande, où ce prince faisait alors une guerre brillante,car nous ne voulons pas l’appeler glorieuse , parce qu’il n’y a de vrai-ment glorieux que ce qui est juste , eL que cettelgucrre ne l’était pas.Cependant, quel que puisse être le mérite poétique de ce prologue ,qui est-ce qui le connaît aujourd’hui ? qui est-ce «pii connaît celui duMalade imaginaire , composé pour le même objet, et dans lequelLouis XIV est comparé à de la neige fondue , dont les flots écumeuxrenversent
Digues, châteaux, villes et bois,
Hommes et troupeaux à la fois?
Quel sujet de louanges pour un prince, que cette horrible imagede destruction ? et quel dommage que les vers qui la peignent eussentété meilleurs? Est-il un seul homme de lettres qui puisse lire, sansaflliction , et sans une espèce de honte , dans le discours de Racinepour la réceplion de l’abbc Colbert à l’Académie , les propres parolesque nous allons transcrire: « 11 nous faut des années entières pour» écrire dignement une seule des actions de notre auguste monarque....» Cet ouvrage qui nous est commun, ce Dictionnaire , qui de soi-
' Et comment Cicéron lui-même n’a-t-il pas rougi, non-seulement deslouanges qu’il prodigue h César, le «lesM'Uctenr de la liberté romaine, dansses harangues pour Marcellus, pour l.igarius et pour le roi Dejotarus, mais<lcs éloges qu’il donna ensuite aux assassins du même César, dans sa secondePhilippique ?
3 Voyez sur cette devise la noie i". de l’éloge de Charles Perrault.