DE CHARPENTIER. 217
Despréaux était un peu dure , et le satirique 11e s’apercevait pasque lui-même pouvait en avoir besoin , étant tombé plus d’unefois dans l’espèce de sacrilège dont il accusait son confrère.
Charpentier était si peu enthousiaste des anciens , qu’il pré-tend , dans un de ses ouvrages , qu’en matière de littérature , iln’est point de mauvais exemple que les Grecs ne nous aientdonné. J l n’y a pas , dit-il, jusqu’au style burlesque, regardépar quelques uns comme une des plus impertinentes inventionsde notre dge, dont nous ne trouvions le modèle chez eux. Lepère Vavasseur n’eût pas été de cet avis ; car on sait que ce jésuitea fait un ouvrage exprès contre le style burlesque, où il attaqueprincipalement ce style par l’autorité des anciens , qui n’ont ja-mais , selon lui, donné ce mauvais exemple aux modernes (2).Mais Charpentier apportait en preuve de l’assertion contraire ,quelques pièces de théâtre , où un poète grec , contemporaindes Ptolémées , avait traité dans le genre burlesque les sujets detragédie les plus intéressans ( 3 ). Ce poêle avait dérobé a notresiècle la misérable invention des parodies, qui travestit en farcele genre noble et pathétique , mais que le public lie dédaignepas d’accueillir, parce que les parodies sont des satires , et queles satires sont en possession d'obtenir des lecteurs et des spec-tateurs la plus bénigne indulgence.
Notre académicien donna , dans une autre occasion , despreuves de son impartialité littéraire , en publiant son livre surla défense et Vexcellence de la langue française. Tout savantqu’il était, et fait, à ce titre , pour préférer sans difficulté leslangues mortes aux langues vivantes, il soutint, dans cet ou-vrage, que les inscriptions de nos monumens publics devaientêtre en français. On croira facilement que pour l’honneur dulatin , il eut plus d’un adversaire. Nous ne rapporterons passes raisons, pour le moins aussi plausibles, et certainementmoins suspectes de préjugés et de superstition , que celles donton avait pu le combattre. Nous dirons seulement de cette dis-pute , ce qu’011 peut dire de mille autres , où l’on n’a prodiguéles écrits et les paroles que faute de vouloir s’expliquer et s'en-tendre. L’inconvénient presque infaillible qui éternise toutes lescontroverses , est la fureur des assertions générales. Les ins-criptions doivent-elles être en français ou en lalm ? Cent voixs’écrient d’un coté , toujours en jrançais; cent voix de l’autrecôté répondent, toujours cil latin. Un philosophe qui voudraitmêler à ces assertions tumultueuses scs laibles représentations,durait bien de la peine à se faire écouler ; peut-être mêmeserait-il l’objet de la risée commune , s’il osait dire en peu demots, avec défiance et modestie : Je crois, messieurs, que lins-