23o éloge
et presque sans que Colbert s’en doutât, et il le mettait en étatde se parer auprès du roi de toutes les connaissances qu’il avaitpuisées dans ces entretiens secrets. Charles PerraulL fut plusavisé que ce ministre <1 un roi d’Espngne , qui, au sortir d’uneconversation oit il eut le malheur de laisser voir sa supériorité àson maître, dit en confidence à un de ses amis Je suis perdu,et je 1 <ais demander mon congé ; j’ai eu la sottise de laisser voirau roi que j’en savais plus que lui.. . . Un homme de mérite,ami de Perrault, et al taché à un autre ministre que Colbert, seplaignait de ce que le ministre ne sentait pas tout ce qu’il valait :Croyez, lui dit Perrault , que c’est tant mieux pour vous. Cememe Colbert, vieux et adroit adulateur, employait, à l’égardde Louis XIV , la même finesse dont il ne s’apercevait pas quePerrault usait avec lui. Il disait à Seignelai son fils , homme debeaucoup de talent , mais jeune et vain : Sois sûr d’étre dés-hérite , si jamais le roi vient à se douter qu’il a moins d’espritque toi. Mon fils, fais-toi petit, disait Parméniou à Philotas ;et c’était à la cour d’Alexandre que le guerrier courtisan tenaitce discours. Qu’aurail-il dit à la cour de tant, de souverains, quin’étant pas des Alexandre, 011 L bien plus besoin que ce princede voir tout ce qui les entoure se rapetisser devant eux (4).
La place de contrôleur des bdlimens, donnée à Charles Per-ranlt, procura aux arts une nouvelle faveur, ce fut l’établissementdes Académies de peinture , de sculpture et d’architecture.L’émulation qui en résulta parmi les artistes , encourageaColbert à presser la construction du Louvre, que tous les artsfurent invités à embellir; monument digne d’un grand roi, maisqui ne put être fini avant la mort du ministre , et qui le seralorsqu’il plairai la Providence de faire renaître un Colbert parminous. Ce fut alors que Claude Perrault, dont le génie, aussi nobleque vaste, était également propre aux arts et aux sciences, donnale dessin de cette belle façade du Louvre qui n’a rien de supé-rieur dans les chefs-d’œuvre de l’Italie ancienne et moderne,et que l’envie a tâché d’enlever à sou auteur, mais qui lui estrestee malgré l’envie.
Si on réunit sous un même point de vue tanl.de services renduspar Char'es et Claude Perrault, aux lettres, aux sciences, auxarts, et par conséquent à la partie de la nation qui désirait etméritait d’ê<re éclairée , on conclura peut-être que cette famillede simples citoyens, tant vexée par des satires, n’a guère moinsfait pour la gloire de son roi , que si elle eût été décorée desplaces les plus éminentes. Mais c’est le sort du mérite modesteet sans pouvoir , d’éprouver l’injustice de ses contemporains, etde n’en être pas toujours dédommagé par la postérité.