DE BOSSUET. 279
disposés eu faveur du prélat qui l’avait fait proscrire, pardonnèrentmoins que jamais à leur intrépide censeur ; mais il brava leur crédit etleur haine, et préféra l’Evangile aux protecteurs des casuistes.
E imputation de jansénisme, faite en cette occasion par le père de LaCliaise à l’évêque de Meaux , lut d’autant plus maladroite , que le prélatavait pris le triste soin de combattre sérieusement cette étrange hérésie.Il adressa aux religieuses de Port-Royal une longue lettre sur la signa-ture du formulaire , où il tâcha , mais inutilement, de leur persuaderqu’elles ne pouvaient , sans danger pour leur salut, reluser celte signa-ture. On ne sait ce qui doit le plus étonner , ou les vexations qu onexerçait contre ces pauvres religieuses pour les Jhrcer d'avouer (piecinq propositions inintelligibles de théologie scolastique étaient dansun livre latin qu'elles ne pouvaient lire, ou l’opiniâtreté qu’elles mon-traient à croire là-dessus leurs directeurs jansénistes , plutôt que lepape et les évoques , ou le temps que daignait perdre le grand Bossuet àecnre a ces filles - sur une matière si peu faite pour elfes et si peu dignede lui.
On prétend que ce prélat, dans une violente maladie, ayant perduconnaissance durant quelques heures , et n’étant encore revenu qu’àpeine de ce long évanouissement, dit à ceux qui l’environnaient : Com-ment un homme tel que moi a-t-il pu être si long-temps sans penser ?Nous n’appuierons pas sur le petit péché de vanité que les détracteursde Bossuet pourraient trouver dans cette réponse. Il est arrivé souventà plus d’un grand homme d’exprimer naïvement la bonne opinion qu’ilavait de lui-même, et cette naïveté du génie peut mériter quelque in-dulgence ; niais nous dirons que Bossuet, après s’être occupé si sérieu-sement et si assidûment de jansénisme , de molinisme , de quiétisme , etd'autres matières semblables, aurait dû s’écrier avec bien plus de raison ;Comment un homme tel que moi a-t-il pu si long-temps penser à tantde chimères ?
L’évêque de Meaux , malgré les coups que la société lui portait sour-dement, était lié, au moins d'estime, avec quelques jésuites; mais ilne dissimulait pas aussi tout le cas qu’il faisait des Lettres provinciales ,ce cliel-d’oeuvre de plaisanterie et d’éloquence qui a préparé la destruc-tion de la société plus de cent ans avant qu elle arrivât. Les deux partis ,en cherchant à gagner Bossuet sans pouvoir y réussir, rendaient unejustice égale à la pureté de sa doctrine ; Arnauld , ayant entendu parlerd'une conférence qu’il devait faire sur l’amour de Dieu , décida, avantde l’avoir entendue , que ce serait une belle chose , et l oraison iunebrede Bossuet a été prononcée par un jésuite.
On pourra regarder comme une espece de paradoxe ce que nous ve-nons de dire , que les Lettres provinciales, publiées en i 656 , onttué les jésuites cent ans après, en 1760. Mais ce prétendu paradoxedeviendra une vérité incontestable, si l’on fait attention que la doc-trine révoltante , tant reprochée aux jésuites dans cet ouvrage , a été,sinon la cause réelle , au moins le motif ou le prétexte juridique dont