DE VERJUS. 3ig
lui plénipotentiaire au congres de Ryswick, qui rendit la paixà l’Europe , déchirée depuis dix ans par une guerre générale etcruelle. On ne saurait pourtant dissimuler que les soins et l’ha-bileté des deux négociateurs ne trouvèrent pas leur récompensedans les suffrages du public. La nation française , qui parle etqui juge av ec une légèreté si frivole , et qui, dans les malheursde la guerre , crie sans cesse après la paix, fronde ensuite pres-que toujours cette paix tant désirée , parce que son plus cherintérêt n’est pas d’être heureuse et juste , mais de décrier auhasard ceux qui la gouvernent ; elle se montra presque indignéede ce que son roi, las de prodiguer si long-temps l’or et le sangdes peuples, leur rendait enfin le calme , à la vérité sans perdreun village , mais aussi, ce que peut-être il aurait toujours dûfaire , sans rien enlever à ses voisins. Cette nation , quoique tou-jours impatiente , comme les enfans, d’exhaler son humeurpassagère , était trop pleine encore de l’ancien respect qu’elleavait voué à son roi, pour oser faire tomber sur lui ses mur-mures et ses satires; elle s’en prit donc uniquement aux négo-ciateurs, et se dédommagea à leurs dépens des épigrammesqu elle épargnait au monarque. MM. de Creci , de Callières etde Harlay, qui avaient signé cette paix si nécessaire et si désirée,n’osaient, dit Voltaire , se montrer ni à la cour ni à la ville ; onles accablait de reproches et de ridicules, comme s’ils eussentfait un seul pas qui neut été dirigé par le souverain ; et nousajouterons, comme s’ils n’eussent pas fait réellement, parcetraité , l’operation la plus avantageuse et la plus glorieuse à laFrance. En effet, la paix de Ryswick , en prouvant à toute l’Eu-r ope la modération du roi, lui ramena le cœur et la confiance dufoi d’Espagne Charles II, et prépara les négociations qui mirent,quelques années après, la couronne de ce beau royaume sur latete de Philippe V. Aussi, lorsqu’on vit le petit-fils de Louis XIVn ommé par le roi d’Espagne héritier de tous ses Etats , la mêmefjation, qui avait reproché aux plénipotentiaires de Ryswickavoir trahi l’honneur de la France , changea bientôt ses re-pêches en éloges, et loua les mêmes plénipotentiaires d’avoirMafs^^ ’ par ce succession à la monarchie espagnole-
ais tiégociateurs, contens d’avoir assuré la gloire et la puis-sance, e ^ f urent auss i peu touchés des louanges, qu’ils
/. , et é peu offensés des satires, et surent mettre aux suf-° S e multitude le même prix qu’à ses clameurs.