DE FLÉCHIER. 33i
il les accordait : mais je ne voulais pas me priver sitôt du plai-sir de vous entendre. De l’évêché de Lavaur il fut transféré à celuide Nîmes (io). Ce ne fut pas sans avoir résisté long-temps à cettetranslation ; il écrivit au roi une lettre pressante et touchantepour lui faire agréer son refus ; on voyait aisément, au tonde force et de vérité qui régnait dans cette lettre , que I’iéchiern’était pas de ces ambitieux hypocrites , qui, en rejetant faible-ment l’offre desdignités, seraient fâchés qu’on lescrûtinflexibles,et voudraient joindre l’honneur du désintéressement aux avan-tages de la fortune. Louis XIY ne vainquit sa répugnance,qu’en lui représentant qu’il aurait beaucoup plus de bien à fairedans sa nouvelle église que dans celle qu’il avait tant de peineà quitter ; qu’on lui offrait, non de plus grandes richesses ,mais un plus grand travail; et qu’un intérêt si puissant devaitêtre pour lui la mesure et la règle de l’ambition. En effet, lediocèse de Nîmes était alors rempli de calvinistes , et par consé-quent d’autant plus difficile à gouverner , qu’il fallait joindreau zèle de faire des conversions, la patience qui sait les prépareret les attendre. L’édit de Nantes venait d’être révoque ; la per-sécution violente que les réformés essuyaient agitait et échauf-fait toutes les têtes, il était nécessaire de donner pour pasteurà ces âmes aigries, et exaltées y>ar l’idée du martyre , un prélatdont les lumières, l’éloquence et la douceur fussent égalementpropres à détruire leurs préjugés et à calmer leurs murmures.Personne n’en était plus capable que Fléchier ; aussi remplit - illes espérances qu’on avait conçues de sa sagesse et de ses talens ;il fit plus de prosélytes par sa modération., que l’intendant dela province par la rigueur qu’il exerçait coutre ces victimes dufanatisme religieux ou de la dévotion politique. La sensibilité ,1 indulgence, la charité qui dirigeaient et qui animaient le ver-tueux prélat dans la conduite de ce malheureux diocèse , res-pirent encore dans les mandemens et les lettres pastorales qu’ila dressait aux réformés. C’est un père qui parle avec tendressea ses enfans égarés , qui les exhorte sans les aigrir , et qui gémitde voir arrachés à leur patrie des sujets fidèles , que l’op-P re ssion forçait à la quitter ou à la combattre. Sa conduite à leure ? a, i d était d’autant plus digne d’éloge , qu’entraîné par sonsiècle , bie n plus que par son cœur, à des opinions qu’il eut dé-savouées cinq uant e an s plus tard, il n’adoptait pas , ou plutôt ilignorait l es Sa g es p r i nc ip es qu’une philosophie éclairée par l’hu-manite et p ar la re ]jgj 011 m ême , a si solidement établis de nosjours ; principes qui , au commencement du siècle ou nous vi-vons , n avaient p as encore, eu le temps de germer et de mûrir,meme dans les esprits droits et les âmes honnêtes. L’évêque de