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Tome deuxième.
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583
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DE CAMPISTRON. 583

sault, restée au théâtre, Esope disait, à l’occasion des éloges qu'onprodigue si souvent et si bassement aux princes :

Je soupçonne

Qu’on encense la place autant que la personne;

Que c’est au diadème un tribut que l’on rend,

Et que le roi qui règne est toujours le plus grand.

Ces vers furent très-applaudis, et le gouvernement les lit supprimer àla seconde représentation ; les comédiens n’ont pas osé les rétablir. Nousne savons pas même si l’on a osé les imprimer.

(4) Déjà peu content de lui-même, quand il avait voulu suivre lespas de Corneille, Campistron n’avait pas dû l’être davantage dans unendroit de 1 Alcibiade, ou il tachait d’imiter ces deux beaux vers deRacine :

Je répondrai, madame, avec la liberté

D’un soldat qui sait mal farder la vérité.

L’auteur d 'Alcibiade fait dire à son héros :

Je répondrai, seigneur, avec la liberté

D’un Grec qui ne sait pas cacher la vérité.

Ceux qui seraient assez dépourvus de tact pour ne pas sentir d’eux-mêmes à quel point cette imitation est malheureuse, peuvent lire lesremarques pleines de goût que l’auteur de Zaïre fait à ce sujet dans unelettre à des journalistes. « On voit d’abord, dit-il, que les vers de Racinesont pleins d’une harmonie singulière, qui caractérise en quelque façonBurrhus par cette césure coupée A'un soldat, au lieu que les versà'Alcibiade sont rainpans et sans force.» Voltaire pouvait ajouter,que la faiblesse du second vers vient en partie de sa dureté même, etde la peine que sent l’oreille à se reposer sur ce mot Grec, peu flatteurpour elle. Quelle différence d’ailleurs entre l’expression élégante etnoble, qui sait mal farder la vérité , et l’expression commune qui nesait pas cacher la vérité? Dur et faible , c’est pour un vers tout cequ’il y a de pis, surtout quand il a le malheur de paraître imité d’unvers de Racine, que le poète n’a fait que gâter. «De plus, ajoute Vol-taire , on ne peut souffrir que le citoyen d’un pays renommé par l’élo-quence et par l’artifice, donne à ccs mêmes Grecs un caractère qu’ilsn’avaient pas.» On pourrait répondre qu’Àlcibiadc, nourri dans lesprincipes de la liberté athénienne , et parlant au despote de la Perse,n’entendait par un Grec qu’un républicain ; mais cette idée échappe àla plupart des spectateurs, qui ne sont frappés en ce moment que ducontraste entre l’étalage que fait Alcibiade de sa prétendue franchise,et le soin que les Grecs apportaient a cultiver 1 art de la parole, qui estS| près de l’art du mensonge.

Nous voudrions pouvoir transcrire ici dans son entier la lettre deVoltaire, dont nous venons de citer quelques lignes; cette lettre ren-ferme les plus excellons préceptes de goût ; et nous ne pouvons résister