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Tome troisième.
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DU CARDINAL DUBOIS. i3

luer son altesse royale avant qu’elle partît. Ce que personne n’a-vait pu obtenir de ce prince , son ami s’en chargea et réussit :M. le duc d’Orléans dit que l’abbé Dubois n’avait qu’à se trouverau bas de l’escalier; l’abbé ne manqua pas de s’y rendre : leprince monta dans sa cbaise , appela l’abbé , qu’il cherchait desyeux, et l’embrassa trois ou quatre fois publiquement, ce quilui rendit la considération dont il avait joui.

Étant en Angleterre, après la paix de Riswick, il voyait par-ticulièrement madame la comtesse de Sandwich, célèbre parl’espèce de philosophie dont elle faisait profession ; c’est elle dontl’abbé Dubois avait dit un mot, qui a toujours été répété depuisen Angleterre. Madame de Sandwich, disait-il, est la plus belleirrégularité du monde. Elle avait un secrétaire nommé Morel,aussi singulier dans sa politique, que sa maîtresse dans ses opi-nions. L’abbé Dubois écoutait ce secrétaire avec complaisance ,et prenait du goût à ses maximes : Gardez-vous, lui disait unjour Morel, dans le cours de voire fortune, de faire jamais debien à personne, il en arrive toujours du mal y et ne soyezjamais assez fou pour vous piquer de la gloire de faire desingrats.

On le pressait un jour de faire du bien à sa famille ; il se miten colère et dit tout le mal qu’il savait de ses parens. Lorsqu’onlui parlait du maire de Brives , comme de celui de ses frères quiavait le plus de mérite : Fous ne le connaissez pas, disait-il, ilest plus heureux que moi y il passe toute sa vie à s’asseoir dansun fauteuil ou à faire des enfans, et c’est tout ce qu’il aime :il est vrai, ajoutait-il , que je lui ai obligation de ma fortune ;c’est lui qui m’a chassé de la maison paternelle y ses procédésun peu trop durs ont donné lieu à mon évasion y elle m’a privédu peu de bien que je possédais, que mes parens dévorent, etdont je ri ai jamais joui.

Les jeux de son étoile ont été si bizarres , que Mauroy, dontil avait été précepteur, est devenu son courrier. Ayant emprunté,pour quelques jours, le carrosse et les chevaux de M. de Nocé ,il prit la liberté de s’en servir pour un voyage de près de troiscents lieues, et à son retour, il se tira d’affaire en plaisantant.M. de Nocé lui demanda un jour son carrosse pour aller jusqu’àGonesse ; il le lui refusa , apparemment pour continuer la plai-santerie.

Il avait un cocher qui faisait un journal de toutes les actionsde son maître. Le cocher étudiait le visage qu’il avait en descen-dant de carrosse et en y remontant ; et combinant cette obser-vation avec ce que l’abbé Dubois venait de faire , il en concluaitâ sa façon tous les projets de l’abbé Dubois ; le maître trouva le