Band 
Tome troisième.
Seite
302
JPEG-Download
 

3oa ÉLOGE

M. de Saint-Aulaire conserva jusqu’à son dernier moment, latranquillité qui le rendait si heureux, et la politesse qui le ren-dait si aimable. Un prêtre le préparait à la mort par des exhor-tations dont il avait très-peu de besoin , étant depuis long-tempspréparé de lui-même à sa fin, et par son âge et par sa raison.Il laissa ce prêtre lui parler long-temps ; et quand il jugea queson ministère était suffisamment rempli : Monsieur, lui dit-ilavec douceur, je vous suis tr'es-obligé; ne vous suis-je plus bonà rien ? Il se croyait presque aussi nécessaire à la satisfaction duministre zélé qui l’exhortait, que ce ministre croyait l’être ausalut de son âme.

Cependant, quoique M. de Saint-Aulaire ait possédé toujoursson âme en paix, même au bord du tombeau, quoiqu’il sût pro-fiter des ressources que ses dernières années lui laissaient en-core, la société et l’amitié, il convenait avec franchise, maisavec tout le sang-froid d’un vrai philosophe, que les privationsauxquelles- l’âge nous condamne, sont la fâcheuse condition at-tachée par la nature à une longue existence. Un de ses amis ,aussi âgé que lui, mais plus chagrin de l’être, appliquait unjour en sa présence à la vieillesse, et à la triste indifférencequ’elle nous donne pour les plaisirs, le mot si profondémentdouloureux qu’un hypocondre disait des vapeurs : Que c’est unétat d’autant plus cruel, qu’il fait voir les choses comme ellessont; et cet ami ajoutait avec plus d’humeur encore : Que le seulavantage de la vieillesse était de finir l’ennuyeuse comédie quela destinée nous force à jouer ici bas. Nous nous fâcherions enpure perte, lui dit M. de Saint-Aulaire, contre la destinée ;jouissons plutôt sans nous plaindre du peu de biens qui nous res-tent ; avouons seulement que Cicéron a beau plaider en faveurdes vieillards, et que si on était le maître du choix, on préfé-rerait de rester jeune ; il aurait pu ajouter, en sage qui apprécieles biens et les maux sans les exagérer ni les affaiblir, que laphilosophie s’est donné bien de la peine pour faire des traitésde la vieillesse et de l’amitié, parce que la nature fait toute seuleceux de la jeunesse et de l’amour (i i).

NOTE S.

(i) Quand notre académicien parlait ainsi de l'honneur que Voltairefaisait à son siècle, ce grand homme n’avait encore donné ni Métope,ni Mahomet, ni Sémiramis , ni Rome sauvée, ni V Orphelin de laChine, ni Tancrède, ni cette Histoire générale, écrite par les Grâces