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goût ; les deux traductions, également exactes pour la fidélitédu sens et pour la pureté de la langue, méritent l’une et l’autre,à ces deux égards, l’estime et la reconnaissance des gens delettres. Mais peut-être aussi pourrait-on désirer , dans l’une etdans l’autre , cette douce élégance de style , cette facilité , cetterondeur, cette harmonie, en un mot, cette diction pleine degrâces, de noblesse et d’intérêt, qui caractérise l’original ; peut-être aussi la grande distance entre les deux copies et le modèle,est-elle moins la faute des traducteurs , que l’effet naturel dela différence des deux idiomes , et des ressources que l’abondanceet la liberté de la langue latine fournissaient au génie de l’orateurromain ; tandis que la nôtre , aride, pauvre et contrainte, neprésentait que des entraves et des épines aux deux savans quiavaient peut-être trop légèrement entrepris de faire parler Cicé-ron en français.
Le président Bouhier , après avoir été traducteur en proseavec son ami, voulut être traducteur en vers pour lui-même.Il publia une version ou plutôt une imitation poétique duPoème de Pétrone sur la guerre civile, et de l’hymne à Vénus,si connue sous le nom de Pervigilium Vcneris. A la tête de cetouvrage il mit une préface raisonnée, où il soutient que la seulemanière de traduire les poètes , c’est de les traduire en vers.Cette question , plus d’une fois agitée, et sur laquelle nous noussommes expliqués ailleurs , serait bientôt décidée, si l’on pou-vait donner aux traducteurs-poètes le secret si difficile de s’as-sujétir en même temps à la contrainte de la ressemblance et àcelle de la mesure et de la rime, sans renoncer aux autres qua-lités indiponsables qu’exige un bon ouvrage en vers , l’élégance,la facilité , les images et l’harmonie. Telle était la tâche re-doutable que le président Bouhier avait à remplir, et ce n’étaitguère qu’en la remplissant qu’il pouvait établir son opinion d’unemanière victorieuse ; mais malheureusement il a prouvé parses vers que si les poètes latins et grecs doivent désirer un poètefrançais pour traducteur, ce n’était pas celui de l’ouvrage dePétrone, ni de l 'Hymne à Vénus. Ses vers sont faibles et sanscoloris, et leur peu de succès apprit au savant traducteur qu’ildevait se contenter d’être un Varron , sans aspirer encore à êtreun Catulle. On prétend que madame la présidente Bouhier, quiavait autant de finesse et d’agrément dans l’esprit, que son mariavait de lecture et de savoir , lui donnait quelquefois , sur sonstyle, des conseils dont peut-être il aurait dû quelquefois pro-fiter : Chargez-vous de penser , lui disait-elle , et laissez-moiécrire.
La variété et l’étendue des connaissances de notre célèbre aca-