DE BERNOULLI. 343
Leibnitz l’avait soutenu comme favorable à ses idées sur le sys-tème des causes finales. On appelle ainsi cette partie de la phy-sique , ou plutôt de la métaphysique (ou peut-être ni de l’uneni de l’autre), qui a pour but de découvrir les lois de la naturepar la fin que son auteur s’est proposé en établissant ces lois.Cette théorie est fondée sur les axiomes si vrais , mais si peu fé-conds et souvent si trompeurs , que rien ne se fait sans raison suf-fisante , que la nature agit toujours par les voies les plus simples,et sur quelques autres aussi certains et aussi inutiles. Le chance-lier Bacon qui avait senti combien cette manière, de philosopherétait une voie stérile pour les découvertes, la comparait avecbeaucoup de finesse et de vérité à une vierge consacrée à Dieuqui ne produit rien ; d’autres grands hommes n’ont pas ete sisages, et quelques savans qui n’étaient pas de grands hommes ,n’ont pas craint, même au prix des plus ridicules absurdités,d’introduire dans la géométrie les causes finales ; témoin le pèreTacquet, jésuite, qui, trouvant quelques phénomènes de catop-trique en contradiction avec ce principe , que la nature prendtoujours le plus court chemin , croit concilier les phénomènes etle principe , en disant que la nature prend le plus long , quande'ie ne saurait prendre le plus court. Les partisans modernes descauses finales, plus circonspects et plus raisonnables, se conten-tent d’en faire l’application à quelques lois très-constatées d’ail-leurs, et de la chercher dans d’autres , en se taisant sur le reste.(Quoiqu’il en soit, et pour en revenir à la solution que donneBernoulli du problème dont il s’agit, le principe métaphysique ,eu apparence, sur lequel celte solution est appuyée, peutn’êtreregardé, si l’on veut, que comme un principe purement géomé-trique, et la solution n’y perdra rien de son mérite.
En proposant aux géomètres le problème de la plus vite des-cente, Bernoulli leur avait donné un certain espace de tempspour le résoudre. Ce terme qu’il prolongea étant expiré, on nevit paraître que quatre solutions. L’une, qui était de Newton ,fut envoyée sans nom d’auteur ; et Bernoulli dit que c’était unongle du lion qu’il était facile de reconnaître; les trois autresétaient de Jacques Bernoulli, frère aîné de celui dont nous par-lons, de Leibnitz, et du marquis de L’Hôpital. Presque toutes lesnations savantes donnèrent chacune un athlète , et peut-être uncinquième aurait-il été difficile à trouver.
Jacques Bernoulli avait donné à son frère les premières leçonsde géométrie: il voyait son élève courir avec lui d’un pas égalla carrière dan» laquelle il l’avait fait entrer ; et peut-être con-servait-il un peu trop à son égard ce ton de supériorité dont ilest difficile de se défaire, quand une fois on l’a pris, mais que