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Tome troisième.
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DE GIRARD. 367

connaissance de ce qu’on appelle le tou des gens du monde , ilavait cru emprunter leur langage en parlant un jargon si étran-ger à son objet. Aussi son livre fut-il peu goûté de cette partiedu public, très-malheureusement nombreuse, qui ne lit que parde'sœuvrement, et qui, lorsqu’elle consent à s’instruire , veut aumoins que ce soit sans fatigue et sans ennui. Mais les philosopheset les maîtres de l’art, qui ne jugent pas sur l’écorce, connurentle prix de son travail. Ils ont creusé et nettoyé la mine que l’au-teur avait ouverte ; ils ont développé les principes vrais et lu-mineux , mais mal présentés, dont la multitude n’avait pu sentirla solidité et l’étendue ; ils ont transformé en langage vulgaireles énigmes et la rhétorique de l’auteur, qui par là devenu plusclair et plus simple, ne s’est plus alors montré qu’avec ses vraiesrichesses. L’ouvrage de l’abbé Girard a obtenu le même hon-neur que les Synonymes, celui d’être contrefait dans toute l’Eu-rope. Duclos l’avait prévu, lorsqu’il disait en parlant de celtegrammaire : C’est un livre qui fera la fortune d’un autre.

La clarté et la simplicité de style qu’on désirerait dans lagrammaire de l’abbé Girard pour déployer et mettre dans toutson jour l’esprit philosophique qui l’a dictée , est au contraireun des principaux mérites d’un autre grammairien philosophe,du Marsais, dont les écrits ont fait de la grammaire et de l’étudedes langues une science lumineuse, nouvelle et simple. Des imi-tateurs , plus ou moins serviles, ont adopté les idées saines etutiles dont il est l’auteur, quelques uns en les gâtant, quelquesautres en y faisant des changeinens légers, moins pour perfection-ner ses vues , que pour n’avoir pas l’air de se traîner absolumentsur ses traces; mais la plupart de ces disciples ou de ces copistesne lui ont pas rendu la justice qu’ils lui devaient, et dont nouscroyons devoir nous acquitter pour eux , sans qu’ils nous enaient chargés ( 5 ).

L’Académie aurait bien désiré que le public eût pu voir cesdeux hommes, qui ont si bien mérité de la langue française,assis l’un auprès de l’autre dans nos assemblées. Mais du Marsais,sans être aussi modeste que l’abbé Girard , ignorait encore plusque lui les moyens de se procurer les honneurs littéraires : non-seulement il était sans intrigue , sans manège , sans art pourse faire des prôneurs et des amis, mais il avait eu le malheur oula maladresse de se faire des ennemis dans une société alorstres-puissante, eu voulant défendre, contre les attaques ridiculesdu jésuite Baltus , l’ouvrage de Fontenelle sur les Oracles, ou-vrage que l’auteur lui-même avait eu la prudence de ne pasjustifier, par celte sage raison, qu’il aurait eu trop d’avantagepour terrasser son adversaire. Ces mêmes ennemis accusaient du