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elles-mêmes et clans le silence , sans aucun motif de gloire etd’amour-propre ; tout au plus se permettait-il de montrer àquelques amis les productions poe'tiques qui lui échappaient ; carc’était principalement à la poésie qu’il avait voué son ardeur etconsacré son loisir. Il fut connu et estimé de bonne heure deLa Motte, qui, entre autres qualités estimables, avait celled’encourager et de faire valoir les talens naissans. Cependant ,M. de Là Chaussée , quelque sensible qu’il fût à l’amitié de cetingénieux écrivain , ne crut pas que sa reconnaissance dut s’é-tendre jusqu’à trahir les intérêts du bon goût, lorsqu’ils luisemblaient menacés. Quand les fables de La Motte parurent,il en fil une critique qui fut son premier essai littéraire. Cesfables causaient alors une espèce de schisme parmi les gens delettres; M. de La Chaussée fut du nombre des opposons. Il crai-gnit néanmoins si peu d’offenser, par cette attaque, celui quien était l’objet, qu’il n’hésita pas à mettre sa critique sous lenom d’une femme de beaucoup d’esprit, très-liée dès lors avecl’auteur des fables nouvelles, mais , en dépit de l’amitié, fidèleau bon La Fontaine , qu’elle savait par cœur.
M. de La Chaussée, quelques années après, se déclara avecencore plus de force et de franchise contre les paradoxes de LaMotte sur la poésie ; YjLpitre de Clio à M. de Bercy, qui avaitpour objet de combattre ces paradoxes , fut le premier ouvrageen vers qu’il donna au public. Cette épître fut très-accueillie.Le nom de l’adversaire que M. de La Chaussée attaquait, larévolte du haut et bas Parnasse contre les hérésies anti-]ioétiquesde La Motte , le grand nombre d’adversaires et d’ennemis quesa réputation lui avait faits ; enfin, le mérite même de la nouvelleépître , où la poésie était vengée comme elle devait l’être , c’est-à-dire , en vers élégans et harmonieux , tout contribua auxsuffrages qu’elle obtint. Les amis de La Motte se plaignirentseulement qu’il n’était pas assez ménagé dans cette pièce, etpeut-être leurs plaintes n’étaient-elles pas sans fondement ; maisM. de La Chaussée avait là-dessus d’autant moins de scrupule ,que dans cette seconde attaque, beaucoup plus vive et plusbrillante que la première , il combattait encore sous les éten-dards d’un ami de La Motte, et d’un ami des plus intimes; cetami était M. de La Paye, qui, ayant lui-même beaucoup detalent pour la poésie , la soutenait contre son ingénieux détrac-teur. Forcé à ce combat pour la défense de ses propres foyers ,il eut le bonheur de trouver, dans M. de La Chaussée, unsecond, bien digne de lui, et bien capable de soutenir sa que-relle. Ils se faisaient d’ailleurs l’un et l’autre d’autant moins depeine d’entrer en lice, qu’ils n’avaient point à craindre de voir