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Tome troisième.
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DE NIVELLE. 3<j3

Les différentes pièces de M. de La Chaussée , que nous avonsnommées jusqu’à présent, ont surtout le mérite propre et dis-tinctif d’être une école de mœurs et de principes honnêtes ; ellesrespirent la vertu et la font aimer. Ce sentiment est si profon-dément gravé dans le cœur des hommes, de ceux même qui nele justifient guère par leurs actions, que dès qu’il se montre ets’exprime avec quelque énergie, le succès en est infaillible : maisc’est principalement sur les hommes rassemblés qu’on en voit lepouvoir et le triomphe ; il semble que dans une grande multi-tude , les âmes mises une fois en mouvement, s’échauffent plusvivement encore par leur action mutuelle , et, pour ainsi dire ,par la répercussion réciproque de l’impression qu’elles éprouvent,comme les corps augmentent de chaleur par la réflexion desrayons qu’ils se renvoient, ou comme une suite de corps contigusse communiquent rapidement et vivement la commotion élec-trique. Telle est la cause de l’heureux effet que les pièces deM. de La Chaussée produisent constamment au théâtre : mais cequi assure encore davantage le succès de ses pièces , c’est qu’ilsemble être augmenté depuis la mort de l’auteur, c’est-à-dire,depuis que l’envie n’a plus de gloire à lui ôter. On peint ordi-nairement la Justice avec un bandeau et des balances ; il faudraitpeindre la Justice littéraire avec un bandeau que la Mort luiarrache, ou plutôt on pourrait donner la Mort pour guide à laRenommée , comme les poètes ont fait conduire l’Amour par laFolie. Rien n’est en effet si doux que de louer les morts ; c’estune dette qu’on s’empresse et qu’on s’applaudit de leur payer ,parce qu’on sait bien qu’elle ne leur profitera pas. La rivaliténe commence à être équitable que lorsqu’elle n’a plus sous lesyeux l’objet de sa haine (4). Aussi, tant que M. de La Chausséefut exposé à ses coups , «lie fit tous les nobles efforts dont elleest capable , pour obscurcir la gloire qu’il s’était acquise. Quoi-qu elle n’épargnât ni la conduite de ses pièces, ni les situations,ni les détails, ni le style, elle attaquait moins encore l’exécutionque le genre même; elle prodigua aux comédies de M. de LaChaussée les noms de tragique bourgeois, de comique larmoyant,et jusqu’à celui de sermon, qu’apparemment on croyait le plushumiliant pour l’auteur, par la vertu soporifique si souvent at-tachée à de froides déclamations honorées de ce nom ; enfin onne lui épargna aucune des épithètes, finement ou grossièrementinjurieuses, dont la malignité ou la sottise purent s’aviser. Sesennemis, instruits par une heureuse expérience, espérèrent queces épithètes décideraient, comme elles l’ont fait si souvent, lejugement sans appel de ce parterre équitable qu’une plaisan-