Band 
Tome troisième.
Seite
397
JPEG-Download
 

DE NIVELLE. _ 3g 7

de ses ouvrages ; et quoiqu’appuyé d’autorités très-respectables,il semble avoir prouvé ce que nous avons dit ailleurs , que Jeplaisir trouble et mal décidé, qui résulte de ce mélange bizarredes ris et des larmes , est bien inférieur au plaisir seul de s’at-tendrir et de pleurer, même sur des hommes qui n’ont pasl’honneur d’être princes. •

Il était bien juste, pour consoler enfin l’envie, que M. deLa Chaussée, après tant de triomphes dramatiques , eût le sortpresque infaillible de tous ceux qui courent cette carrière ora-geuse; il essuya quelques disgrâces, mais en très-petit nombre.La plus marquée fut celle de la comédie de Pamê.la , qui tombadès la première représentation. L’auteur était bien excusable des’être mépris sur le sort de sou ouvrage ; non-seulement il avaitété reçu avec acclamation par les comédiens , juges à la véritétrès-suspects, mais il avait fait verser des larmes dans les sociétésbrillantes et choisies où il avait été lu. Par malheur, le publicassemblé cassa d’une voix unanime le jugement de la bonne■compagnie, qui a plus d’une fois essuyé ces petits dégoûts : l’au-teur n’appela point de cet arrêt ; il se condamna lui-même ,et se hâta de retirer sa pièce. C’est ce même sujet que Voltairea depuis si heureusement traité dans la charmante comédie deNanine, qui pensa néanmoins, dans sa nouveauté , être anssimalheureuse que Paméla, mais qui triompha de la satire et dela cabale, et que le public applaudit aujourd’hui avec tant deplaisir, en s’étonnant de la froideur avec laquelle il l’avait d’a-bord reçue.

M. de La Chaussée, qui avait su répandre dans ses pièces tantde chaleur et d’intérêt sur des sujets tirés de la vie commune,crut pouvoir essayer sur de plus grands objets le talent qu’il avaitde faire couler les larmes ; il s’éleva jusqu’au tragique , et donna,en i 7 38, la tragédie de Maximien ; les applaudissemens justi-fièrent sa confiance. On trouva de l’intelligence dans la conduite,de la marche dans l’action, de l’effet dans les situations théâ-trales. Si la pièce n’a pas reparu sur la scène , il ne faut enaccuser que la faiblesse des détails et du coloris. Le pinceau deM. de La Chaussée, élégant et correct, mais fait pour les sujetsqui demandaient plus de noblesse que de majesté, et plus devente que de force , n’avait pas à un degré suffisant la fierté etla hardiesse de touche nécessaire aux grandes peintures; il lesentait ; et malgré le succès de Maximien , qui aurait ébloui toutautre poète , il se contenta d’être le Racine de la comédie , sansprétendre etre encore celui de Britannicus et de Phèdre , etrenonça à la gloire de Le Brun , pour se borner à celle deirreuze (5).