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Tome troisième.
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DE DESTOUCHES. 429

nature du sujet; par exemple, à l’usage heureux, mais singulier etpurement national, que savent faire de notre langue quelques uns deleurs auteurs, entre autres celui du Méchant, qui a si bien su tirer partidu langage et du ton de ce qu’on appelle parmi nous la bonne compa-gnie. Quant aux applaudissemcns accordés à Mélanide et au Piéjugé àla mode , ils ont été donnés à la nouveauté et à l’intérêt réel de ce genre,moitié tragique, moitié comique, que les anciens paraissent avoir peuconnu, qu’aujourd liui même plusieurs nations semblent encore ignorer,que peut-être quelques autres ont défiguré en y forçant le coloris, etauquel nos dramatiques français croient avoir mieux conservé la véri-table teinte qui lui est propre. Mais les excellentes pièces en ce genresont d'autant plus rares, que les médiocres sont bien faciles et biencommunes.

Si Destouches ne doit paraître sur la scène que très-loin après Molière,et peut-être même qu’à la suite de Regnard, plus comique et plus animéque lui, il a du moins le mérite d’avoir fait ses bonnes pièces de théâtrepour d’autres nations que pour la sienne. Il en a de plus un autre que niRegnard, ni Molière même 11’ont pas toujours eu, c est la décence qu ila fidèlement observée sur la scène, décence faite pour réconcilier avecles spectacles ceux des gens de bien qui les condamnent.

PIÈCES RELATIVES A l’ÉLOCE DE DESTOÜCHES.

Lettre au rédacteur du Mercure, imprimée dans celui du 5 avril 1 779.

Paris , ce 27 mars 1779.

J’ai dit, monsieur, dans l’éloge de M. Destouches, que très-jeuneencore, il avait été quelque temps comédien. Je l’ai avancé, non-seule-ment d’après une tradition fort répandue parmi les gens de lettres,mais d’après des garans que j’ai eu lieu de croire bien informés. La fa-mille de cet académicien célèbre s'inscrit en faux contre mon récit. Elley oppose des faits dont elle garantit la certitude, et d'où il résulte queceux qui ont cru comme moi jusqu’à présent le fait dont il s’agit, ontajouté foi à des relations peu fidèles. Cette famille respectable désireque j’instruise le public de sa réclamation, et de la résolution que j'aiprise en conséquente de supprimer, dans une autre édition, cet endroitde l’éloge de M. Destouches. Je suis , etc.

d’Alembert.

Je n’ai pas cru devoir refuser cette déclaration à la famille de M. Des-touches , et surtout à un fils qu’il a laissé, et qui jouit à juste titre et àtous égards, de l’estime de tous ceux qui le connaissent 1 . Muis aprèsavoir satisfait à ce que l’honnêteté exigeait de moi, je dois, pour mapropre apologie, exposer les raisons qui m’avaient déterminé à donnerpour certain le fait dont il s’agît.

1 Destonches le fils est mort depuis, au mois de janvier 1780.