ELOGE DE MONTESQUIEU *.
Persuadés que Montesquieu était en - droit d’attendre d’autrespanégyristes que nous, et que la douleur publique eût méritédes interprètes plus éloquens , nous eussions renfermé au dedansde nous-mêmes nos justes regrets et notre respect pour sa mé-moire. Mais l’aveu de ce que nous lui devons nous est trop pré-cieux pour en laisser le soin à d’autres. Bienfaiteur de l’huma-nité par ses écrits , notre reconnaissance ne veut que tracerquelques lignes au pied de sa statue.
Charles de Secondât, baron de la Brede et de Montesquieu ,ancien président à mortier au parlement de Bordeaux, de l’A-cadémie Française, de l’Académie royale des sciences et belles-lettres de Prusse, et de la Société royale de Londres, naquitd’une famille noble de Guyenne. Son trisaïeul , Jean de Secon-dât , maître d’hôtel de Henri II, roi de Navarre, et ensuite deJeanne, fille de ce roi, qui épousa Antoine de Bourbon, acquitla terre de Montesquieu d’une somme de dix mille livres quecette princesse lui dopna par acte authentique, en récompense desa probité et de ses services. Henri III, roi de Navarre , depuisHenri IV, roi de France, érigea en baronnie la terre de Mon-tesquieu, en faveur de Jacob de Secondât, fils de Jean, d’abordgentilhomme ordinaire de la chambre de ce prince, et ensuitemestre-de-camp du régiment de Châtillon. Jean Gaston de Se-condât, son second fils, ayant épousé la fille du premier prési-dent du parlement de Bordeaux, acquit dans cette compagnieune charge de président à mortier; il eut plusieurs enfans ,dont un entra dans le service , s’y distingua , et le quitta de fortbonne heure : ce fut le père de Charles de Secondât, auteur deY Esprit des Lois. Ces détails paraîtront peut-être déplacés à latête de l’éloge d’un philosophe dont le nom a si peu besoin d’an-cêtres ; mais n’envions point à leur mémoire l’éclat que ce nomrépand sur elle.
Les succès de l’enfance , présage quelquefois si trompeur, nele furent point dans Charles de Secondât : il annonça de bonneheure ce qu’il devait être; et son père donna tous ses soins àcultiver ce génie naissant., objet de son espérance et de sa ten-
1 Charles-Louis de Secondât de Montesquieu, president à mortier au par-lement de Guyenne, ne au château de la lirede, près Bordeaux, le 18 jan-vier 1689; reçu le janvier 1728, k la place de Louis de Sacy; mort le 10 fé-vrier iç 55 .