DE DU MARSAIS. 48g
l’étendant à des objets qui ne sont pas de son ressort; on y ex-pose ensuite le dessein et le plan de l’ouvrage , dans lequel il pa-raît qu’on s’est proposé trois objets : de prouver que les démonsn’étaient point les auteurs des oracles; de répondre aux objec-tions du P. Baltus; d’examiner enfin le temps auquel les oraclesont cessé , ctdefairevoirqu’ilsontcesséd’unemanièrenatürelle.
Le désir si vif et si inutile de connaître l’avenir donna nais-sance aux oracles des païens. Quelques hommes adroits etentre-prenans mirent à profit la curiosité du peuple pour le tromper :il n’y eut point en cela d’autre magie ; l’imposture avait com-mencé l’ouvrage , le fanatisme l’acheva : car un moyen infailliblede faire des fanatiques, c’est de persuader avant que d’instruire:quelquefois même certains prêtres ont pu être la dupe des oraclesqu’ils rendaient ou qu’ils faisaient rendre , semblables à ces em-pyriques dont les uns participent à l’erreur publique qu’ils en-tretiennent , les autres en profitent sans la partager.
C’est par la foi seule que nous savons qu’il y a des démons;c’est donc par la foi seule que nous pouvons apprendre ce qu’ilssont capables de faire dans l’ordre surnaturel ; et puisque la ré-vélation ne leur attribue pas les oracles , elle nous permet decroire que ces oracles n’étaient pas leur ouvrage. Lorsque Isaïedéfia les dieux des païens de prédire l’avenir , il ne mit point derestrictions à ce défi, qui n’eût plus été qu’imprudent, si en effetles démons avaient eu le pouvoir de prophétiser. Daniel ne crutpas que le serpent des Babyloniens fût un démon ; il rit en jdii-losophe, dit l’Ecriture , de la crédulité du prince et de la four-berie des prêtres , et empoisonna le serpent. D’ailleurs les parti-sans même des oracles conviennent qu’il y en a eu de faux , etpar là ils nous mettent en droit, s’il n’y a pas de preuve évidentedu contraire, de les regarder sans exception comme supposés:tout se réduisait à cacher plus ou moins adroitement l’imposture.Enfin les païens même n’ont pas cru généralement que les ora-cles fussent surnaturels. De grandes sectes de philosophes ,entre autres les épicuriens, se vantaient, comme les chrétiens,de faire taire les oracles et de démasquer les prêtres. Yalère-Maxime et d’autres disent, il est vrai, que des statues ont parlé;mais l’Ecriture dément ce témoignage , en nous apprenant que.les statues sont muettes. Les historiens profanes, lorsqu’ils ra-content sur un simple ouï-dire des faits extraordinaires, sontmoins croyables que les historiens de la Chine sur l’antiquitéqu ils donnent au monde. Casaubon se moque avec raison d’Hé-rodote , qui rapporte sérieusement plusieurs de ces oracles ridi-cules de l’antiquité, et d’autres prodiges de la même force.
Si les oracles n’eussent pas été une fourberie, l’idolâtrie n'eût