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Tome cinquième.
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PARTICULIERE.

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AU MÊME,

SUR LA MÊME PERSONNE.

Yous avez été , mon cher ami, vivement pénétré des détailstouchans que renfermait ma première lettre , sur la digne amieque j’ai perdue. Hélas ! depuis deux ans qu’elle a disparu dela terre , et peut-être même du souvenir de tant de personnesqui se disaient ses amis , mon cœur est toujours si plein d’elle ,que sans cesse il cherche à se répandre ; mais il a besoin , pourse soulager , de trouver des cœurs tels que le vôtre, qui sachentl’entendre et lui répondre. Permettez-moi donc de vous entre-tenir encore de quelques faits que j’ai recueillis à son sujet, etqui ajoutent de nouveaux traits à la peinture si intéressante deson esprit et de son âme. Je n’aurai peut-être de lecteur quevous ; mais quand on parle de ce qu’on a aimé tendrement,doit-on désirer d’être lu par d’autres que par ceux dont on estaiiné ?

Madame Geoffrin avait un procès qu’elle désirait de voir finir ;elle alla trouver un homme de lettres célèbre , dont elle étaitchérie, et qui connaissait l’avocat de la partie adverse : voyez,je vous prie, lui dit-elle, cet avaoat, et accommodez avec luimon ennuyeuse affaire. L’homme de lettres lui représenta qu’onpourrait exiger d’elle une somme considérable , et imposer à sonaversion pour les procès cette taxe rigoureuse. Quel meilleurusage , répondit-elle , puis-je faire de mon argent, que d’enacheter mon repos ? Le négociateur réussit; il était difficile qu’iléchouât avec des pleins pouvoirs si étendus, et surtout si rareschez les plaideurs. Madame Geoffrin , pleine de reconnaissance ,lui promit son portrait, que jusqu’alors elle n’avait voulu donnerà personne. Au bout de quelque temps elle retourna chez lui :Vous n aurez point mon portrait , lui dit-elle les larmes auxyeux ; trop de gens en seraient jaloux et me le demanderaientinutilement. Son ami voulut la consoler ; car , tout affligé qu’ilétait, elle souffrait encore plus que lui. Hélas ! dit-elle , ce nesont pas les plaintes de mes amis que je redoute , ce sont lesplaintes des gens qui ne m’aiment pas et qui font semblant dem’aimer.

Quelques femmes qui avaient, comme je vous l’ai dit, le mal-heur de la haïr et la bassesse de la déchirer, poussaient la mal-adresse du dénigrement et de la satire jusqu’à se moquer de sesœuvres de bienfaisance. Croyez-moi, madame, dit à l’une d’ellesun honnête homme qui l’écoutai! , vous ne viendrez jamais à