PARTICULIÈRE. 27
vous ennuiera. Ce qui vous ennuiera peut-être moins, mais dontje vous supplie très-instamment de ne parler à personne, ce sontdeux volumes de mélanges de littérature, d’histoire et de philo-sophie, que je fais imprimer, et qui paraîtront à la fin de cemois, ou au plus tard dans les premiers jours de janvier. Je vou-drais que vous m’indiquassiez une occasion pour vous les fairetenir promptement. A la tête de ces mélanges est un avertisse-ment assez philosophique ; ensuite viennent le discours prélimi-naire de Y Encyclopédie, et l’éloge de l’abbé Terrasson ; celuide Bernoulli est fort augmenté de détails que tout le mondepourra lire. Le second volume est entièrement neuf, il con-tient des réflexions et anecdotes sur la reine Christine , un essaisur les gens de lettres , les grands, les Mécènes , et la traductiond’une douzaine des plus beaux morceaux de Tacite , qui m’en-couragera à traduire le reste si cette traduction est goûtée.Yoilà, madame, ce qui m’a occupé tout cet été, et surtoutdepuis deux mois. Je viens d’envoyer le reste de mon manuscrità l’imprimeur, et je n’y pense plus ; je vous supplie encore unefois de me garder un grand secret sur cet ouvrage, et surtout den’en rien écrire à Paris. Très-peu de personnes sont ici dansma confidence, etje hâte l’impression le plus qu’il m’est possible.
Mais c’est assez et trop vous parler de moi. Je vois par votredernière lettre que Chamron ne vous a pas guérie : vous meparaissez avoir l’âme triste jusqu’à la mort; et de quoi, ma-dame? pourquoi craignez-vous de vous retrouver chez vous?Avec votre esprit et votre revenu , pouvez-vous y manquer deconnaissances? Je ne vous parle point d’amis, car je sais combiencette denrée-là est rare , mais je vous parle de connaissancesagréables : avec un bon souper on a qui on veut ; et si on lejuge à propos , on se moque encore après de ses convives. Jedirais presque de votre tristesse ce que Maupertuis disait de lagaieté de madame de La Ferté Imbault, quelle nétait fondéesur rien. A propos de Maupertuis , nous ne l’aurons point cethiver : il est actuellement malade , et accablé de brochures quel’on fait contre lui en Allemagne et en Hollande, au sujet d’uncertain Kœnig , avec qui il vient d’avoir assez mal à propos uneaffaire désagréable pour tous les deux. Cela vous ennuierait etne m’amuserait guère à vous conter. Le roi de Prusse est fortoccupé de lui chercher un successeur dans la place de président ;et c’est encore ici un secret que je vous demande, et que je nevous dirais pas , si je n’avais pas aujourd’hui la liberté de le direa mes amis. U y a plus de trois mois que Te roi de Prusse m’afait écrire par M. le marquis d’Argens pour m’offrir cette place,de la manière la plus gracieuse. J’ai répondu en remerciant le