PARTICULIÈRE. 29
italiens dont la musique est excellente ; c’est en vérité une languedont nous n’avions point l’idée , que cette musique ; mais c’estune langue expressive , pleine de vivacité , presque toujoursvraie et bien plus vivement que la nôtre. Cela est près de faireun schisme dans l’Opéra , comme les billets de confession dansl’Église. Adieu, madame ; croyez que le temps ni l’absence nediminueront rien du respectueux attachement que je vous aivoué pour toute ma vie.
A LA MÊME.
Paris, aa décembre l’jSi.
"Voila , madame, un bien gros paquet qui ne vous dédom-magera guère de ce qu’il vous coûtera de port ; mais puisquevous voulez avoir mes lettres et celles de M. d’Argens sur laproposition que le roi de Prusse m’a faite , les voilà : je vousprie de me les renvoyer quand vous n’en aurez plus affaire. Lebruit commence à se répandre ici que j'ai refusé cette prési-dence ; une personne que je connais à peine, me dit hier qu’elleen avait reçu la nouvelle de Berlin ; je lui répondis que je nesavais pas ce qu’elle me voulait dire. Après tout, que cela serépande ou ne se répande pas, je n’en suis ni fâché ni bien aise :je garderai au roi de Prusse son secret , même lorsqu’il nel’exige plus ; et vous verrez aisément que mes lettres n’ont pasété faites pour être vues du ministère de France. Je suis bienrésolu de ne lui pas demander plus de grâces qu’au ministèredu roi de Congo , et je me contenterai que la postérité lise surmon tombeau : II fut estimé des honnêtes gens, et est mortpauvre parce qu’il Fa bien voulu. Voilà, madame, de quellemanière je pense : je ne veux ni braver, ni aussi flatter les gensqui m’ont fait du mal, ou qui sont dans la disposition de m’enfaire, mais je me conduirai de manière que je les réduirai seu-lement à ne me pas faire de bien. Vous trouverez dans l’ouvrageque je vais donner, des choses vraies et hardies, mais sages:j’ai surtout évité d’y offenser personne, mais j’ai peint nos ridi-cules et nos mœurs, surtout celles des Mécènes, avec la franchised’un soldat qui sait mal farder la vérité. Vous recevrez vrai-semblablement mes opuscules vers le i 5 du mois prochain : jecompte que l’impression sera achevée dans quinze jours , et jene perdrai pas de temps pour vous les faire parvenir par la voieque vous m’indiquerez.
Votre lettre m’a fait d’autant plus de plaisir, qu’elle me fait