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Tome cinquième.
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PARTICULIERE. 4 ^

tendre attachement que nous avions l’un et l’autre pour M. lemarquis de Mora C’est à nous-mêmes à vous remercier, mon-sieur, de vouloir bien attacher quelque prix au sentiment le plusjuste qui fut jamais , pour l’incomparable ami que nous avonseu le malheur de perdre. Toutes les fois que notre nom pourrarevenir à votre mémoire, nous vous prions d’être bien persuadéqu’au moment ou vous penserez à nous, nous partageons amè-rement votre douleur, et que nos cœurs répondent au vôtre.Mais si ce cœur paternel pouvait recevoir quelque soulagementà ses maux , si quelque chose, monsieur, pouvait adoucir votreaffliction profonde , ce serait le regret universel que donnent àla mémoire de monsieur votre fils tous ceux qui ont eu le bon-heur de le connaître. La voix publique fait son éloge funèbre :mais que cet éloge est touchant de la part de tous ceux qui ,comme mademoiselle de L’Espinasse et moi, ont pu jouir à fondde son âme, qui en ont vu toute la sensibilité , toute la déli-catesse , toute l’élévation ; qui ont connu la solidité , la justesseles grâces de son esprit ; qui ont été étonnés de la variété et del’étendue de ses connaissances, et plus étonnés encore de la mo-destie avec laquelle il les cachait, ou plutôt de la simplicité ai-mable et naïve qui ne cherchait jamais à s’en parer ! Quelleperte pour l’Espagne, monsieur , que celle d’un homme si supé-rieur et si vertueux ! que de lumières il y aurait répandues, etque de grands exemple, il y aurait donnés ! quelle perte pourvous , dont il eût été la consolation , dont il retraçait les vertuspar les siennes , et qu’il chérissait avec la plus vive tendresse îquelle perte pour sa famille, dont il était aimé et respecté , etdont il eût été le conseil, l’exemple et l’appui ! quelle perte en-fin pour moi , qu’il honorait de son amitié et de ses bontés , etqui conserverai jusqu’au tombeau le plus cher et le plus doulou-reux souvenir de la plus parfaite créature que j’aie jamaisconnue ! Les sentimens dont il a bien voulu me donner tant depreuves, sont à mes yeux la récompense la plus flatteuse dupeu de bonnes qualités qu’il a cru voir en moi ; elles me sontprécieuses , puisqu’elles m’ont valu l’honneur et la douceurd’avoir un tel ami : son esprit donnait au mien une énergiequ’il n’aura plus ; mais je me souviendrai éternellement desinstans chers à mon cœur , ou cette âme si pure , si noble, siforte et si douce , aimait à se répandre dans la mienne. Depuis

‘ Fils aine de M. le comte de Fuentes, mort an mois de mai 1774. Il étaittel qn’on le peint dans cette lettre. L’auteur a cru qu’on lui pardonnerait derendre publique celte expression de ses sentimens pour un des hommes lesplus estimables qu’il ait connus , et pour un ami dont il révère et chérit lamémoire.