64 CORRESPONDANCE
borne donc à vous prier de procurer à M. l’abbé de Saint-Nontous les agrémens qui dépendront de vous , parmi les hérétiquesavec lesquels vous 'vivez. Il vous rapportera des indulgences , etvous assurera en attendant de toute la reconnaissance que j’auraide ce que vous voudrez bien faire pour lui. Si vous le présentezà quelqu’un de nos sociniens honteux , gardez-vous bien de pro-noncer mon nom ; il est trop mal sur leurs papiers. Je crois aureste que notre voyageur est peu curieux de sociniens commeeux ; il leur préfère un catholique comme vous, et il va cher-cher à Genève ce qu’il aurait dû trouver à Paris. Adieu, moncher philosophe ; ne m’oubliez pas auprès de madame Denis.
Paris, 22 décembre 1759.
Le nouveau moine ou frère lai que vous venez de recevoir,mon cher et illustre maître , 111’a été adressé ’, il y a plusieursannées, par une nièce de mademoiselle Quinault, qui est mariéeà Bourges, et qui me le recommanda. Il me parut, comme àvous , assez bon diable ; et d’ailleurs je lui trouvai quelquesconnaissances mathématiques. Il présenta, quelque temps après,à l’Académie des sciences , un traité de gnomonique qu’elleapprouva, et qu’il m’a fait l’honneur de me dédier. Depuis cetemps il a été errant de ville en ville , et m’a écrit de temps entemps pour m’engager à le placer, sans que j’en aie pu trouverles moyens. Je suis aise qu’il ait trouvé un asile chez vous, et.je crois que vous en pourrez tirer quelque secours; au surplus ,je ne vous demande vos bontés pour lui qu’autant qu’il s’enrendra digne.
Je ne crois pas la paix si prochaine que vous, mais je la désireencore plus que je n’en doute , et je la désire par mille raisons.Je suis bien las de Paris , mais serais-je mieux ailleurs? c’est cequi est fort incertain. Vous avez choisi^ comme Marthe, lameilleure part ; mais vous êtes riche et je suis pauvre. Je n’at-tends que la paix pour voyager; je tâterai de différens pays , etquamprimum tetigero bene moratam ac liberam civitatem , inea conquiescam. Peut-être, quod Deus avertat ! finirais-jecomme Scarmentado. On continue toujours ici à nous persécuteret à nous susciter tracasseries sur tracasseries. Voilà encore unequerelle d’Allemand qu’on fait à Diderot et aux libraires , ausujet des planches de Y Encyclopédie : j’espère qu’ils s’en tire-ront avantageusement, car pour le coup ils n’ont affaire ni auparlement ni à la Sorbonne. Adieu , mon cher philosophe ;quand je vous vois du port contempler les orages , je me rap-pelle ces vers de Virgile :