AVEC VOLTAIRE. 8g
tes , et parlons un peu de votre tragédie. Je suis charmé descorreetions que vous y faites ; il faut qu Olympie et Cassandreintéressent, et c’est là la grande affaire. A l’égard de la figureque fait Antigone au premier acte, pendant la bénédiction nup-tiale de Cassandre et d’Olympie , je ne prétends point du toutqu’Antigone doive troubler cette bénédiction. Je suis trop bonchrétien pour exiger qu’on donne , dans l’église, des coups depied dans le cul à un prêtre qui fait ses fonctions ; mais, pours’épargner cette incartade, quand on n’est pas sûr de soi, ilfaut faire comme vous, mon cher maître , il faut ne point allerà l’église : et pourquoi Antigone y reste-t-il pour y faire unesi sotte figure? que ne se tient-il chez lui pendant ce temps-là ?il me paraît que sa présence et son silence le rendent en cetteoccasion un personnage de comédie. Tout cela soit dit, moncher maître , sauf votre meilleur avis , comme de raison ; je suisaussi flatté de votre confiance que peu attaché à mes opinions.
Où en est l’édition de Corneille ? Il y a bien long-temps quenous n’avons reçu de vos notes. Au nom de Dieu, soyez survos gardes ; ayez raison autant qu’il vous plaira , mais soyezpoli ; c’est où vos ennemis vous attendent ; ils vous déchirerontpour peu que vous maltraitiez Corneille ; et quand vous n’yserez plus , il ne leur en coûtera rien pour dire que vous aviezraison : ne serez-vous pas bien avancé ?
Vous ne me dites rien du mémoire de M. de La Clialotais.C’est, à mon avis, un terrible livre contre les jésuites , d’autantplus qu’il est fait avec modération. C’est le seul ouvrage philo-sophique qui ait été fait jusqu’ici contre cette canaille. Il s’enfaut bien que l’esprit de philosophie règne dans les parlemens.Vous savez , sans doute , ce que le parlement de Toulouse vientde faire, en condamnant à la corde un pauvre ministre donttout le crime était d’avoir fait, au désert , des baptêmes et desmariages ; et en faisant rouer vif un pauvre vieillard protestantde soixante et dix ans, accusé faussement d’avoir pendu son fils.Tous les inquisiteurs ne sont pas à Lisbonne.
Adieu , mon cher philosophe. Quel atroce et ridicule mondeque ce meilleur des mondes possibles ! encore s’il n’était que ridi-cule sans être atroce, il n’y aurait que demi-mal; les imperti-nences jésuitiques et inédardiques et parlementaires seraientles menus plaisirs de la philosophie ; mais peut-on avoir le cou-rage de rire, quand on voit tant d’hommes s’égorger pour lessottises des prêtres et pour celles des rois ? Tâchons, mon chermaître , de ne nous laisser égorger ni par personne ni pourpersonne. Je ne sais , mais cette année 1762 me paraît grossede grands événemens politiques et civils. Les bavards auront de