AVEC VOLTAIRE. 91
nous font jouer la tragédie au dehors , et les jésuites la comédieau dedans. L’évacuation du collège de Clermont nous occupebeaucoup plus que celle de la Martinique. Par ma foi, ceci esttrès-sérieux ; et les classes du parlement n’y vont pas de mainmorte. Ce sont des fanatiques qui en égorgent d’autres ; maisil faut les laisser faire : tous ces imbéciles qui croient servir lareligion, servent la raison sans s’en douter ; ce sont des exécu-teurs de la haute justice, pour la philosophie, dont ils prennentles ordres sans le savoir; et les jésuites pourraient dire à S.Ignace : Mon père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ilsfont. Ce qui me paraît singulier, c’est que la destruction de cesfantômes , qu’on croyait si redoutables, se fasse avec aussi peude bruit. La prise du château d’Arensberg n’a pas plus coûtéaux Hanovriens que la prise des biens dés jésuites ànos seigneursdu parlement. Ou se contente, à l’ordinaire , d’en plaisanter.On dit que Jésus-Christ est un pauvre capitaine réformé, qui aperdu sa compagnie. Il n’y a pas jusqu’aux sulpiciens qui nes’avisent aussi d’être plaisans. Le curé de Saint-Sulpice , quin’est pourtant pas un homme à bons mots , dit qu’il n’ose de-mander pour son petit séminaire la maison du noviciat desjésuites , parce qu’il a peur des revenons. Quant au P. de LaTour, il se croit pour le moins Caton et Socrate : Il en arrivera,dit-il , tout ce qui plaira à Dieu , je n’en serai pas moins l’étrele plus vertueux qui existe. Cela me fait souvenir de l’abbé deDangeau, qui disait, dans le temps de nos malheurs à Hochstetet à Ramillies : Il en arrivera ce qu’il pourra, j’ai là-dedans,en montrant son bureau , trois mille verbes bien conjugués.
Votre parlement de Toulouse , qui ne se presse pas de chas-ser les jésuites , comme il ne s’en pressa pas du temps de l’assas-sinat d’Henri IV, et qui en attendant fait rouer des innocens,ressemble , s’il est permis de rire en matière si triste , à cecapitaine suisse qui faisait enterrer les blessés pour morts , etqui s’écriait sur leurs plaintes : Bon, bon, si on voulait en croiretous ces gens-là, il ny en aurait pas un de mort.
Ecrasez l’inf...., me répétez-vous sans cesse : eh, mon Dieu !laissez-la se précipiter elle-même ; elle y court plus vite quevous ne pensez. Savez-vous ce que dit Astruc? Ce ne sont pointles jansénistes qui tuent les jésuites , c’est VEncyclopédie , mor-dieit, c’est l’Encyclopédie. Il pourrait bien en être quelquechose, et ce maroufle d’Astruc est comme Pasquin, il parle quel-quefois d’assez bon sens. Pour moi qui vois tout, en ce moment,couleur de rose, je vois d’ici les jansénistes mourant l’annéeprochaine de leur belle mort, après avoir fait périr cette année-ci les jésuites de mort violente ; la tolérance s’établir ; les pro-