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Tome cinquième.
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100 CORRESPONDANCE

si Providence y a. Voilà mon cher et grand philosophe , mesdispositions ; je ne de'sire , même dans mon propre pays, niplaces ni honneurs ; jugez si j’en irai chercher à huit cents lieues ;mais je suis d’ailleurs de votre avis. Il faut faire servir lesoffres qu’on nous fait à l’humiliation de la superstition et de lasottise ; il faut que toute l’Europe sache que la vérité persécutéepar les bourgeois de Paris, trouve un asile chez des souverainsqui auraient dû l’y venir chercher ; et que la lumière , chasséepar le vent du midi, est prête à se réfugier dans le nord del’Europe, pour venir ensuite refluer de là contre ses persécuteurs,. soit en les éclairant, soit en les écrasant.

Avouez pourtant, mon cher philosophe, malgré vos plaintescontinuelles, que vous ne devez pas être trojj mécontent devotre mission ; vous voyez que la philosophie commence déjàtrès-sensiblement à gagner les trônes, et adieu l’infâme pourpeu qu’elle en perde encore quelques uns. Votre illustre et anciendisciple a commencé le branle, la reine de Suède a continué ,Catherine les imite tous deux, et fera peut-être mieux encore 5quelques autres , à ce qu’on dit, branlent au manche , et je riraisbien de voir le chapelet se défiler de mon vivant, pourvu néan-moins que le chapelet, avant de se défiler , ne nous donne pasencore quelque coup sur les oreilles.

Il n’y a point ici de sottises nouvelles qui méritent que je vousen parle. On dit du bien d’une lettre adressée à Jean-Jacquessur son Emile ; je ne l’ai point encore lue ; j’entends dire qu’elleest gaie et de bon goût, à l’exception delà réfutation du savoyard,qui est plate et ennuyeuse. Si la czarine avait proposé à Jean-Jacques l’éducation de son fils, j’imagine que sa premièrequestion aurait été : Madame , quel métier voulez-vous que je luifasse apprendre? Il y a aussi une grosse et longue réfutationde Rousseau par quelque prêtre de paroisse ; on pourrait l’in-tituler : Réfutation du vicaire savoyard, par un décrotteur.

Un homme d’esprit , qui par malheur a besoin d’être théolo-gien ou de le contrefaire, vient de donner en deux gros volumesin- t a un Dictionnaire des hérésies , qui mérite d’êtrè parcouru ;il y a mis avec beaucoup de bonne foi les objections d’un côtéet les réponses de l’autre , et on peut bien dire pour le coup quelambine trouve pas son compte avec la bonne foi. Par ma foi ,c’est un terrible livre, à mon avis, contre l’inf.... que voushaïssez tant. Ce que l’auteur dit entre autres choses pour expli-quer la transsubstantiation (voilà un cruel mot à concevoir et àprononcer) est tout-à-fait comique; il prétend qu’au moyend’une vitesse infinie un corps peut être en plusieurs lieux à lafois, et que moyennant un million de fois plus d’agilité qu’un