i58 CORRESPONDANCE
plus à cette belle expédition que de mettre la famine dans lepays de Gex et dans le Bugey, pour n’avoir pas remercié M. deBeauteville de son digne et éloquent discours.
Vous croyez donc qu’on ne vend que cent exemplaires d’undiscours de l’Académie ? détrompez-vous : ces sortej d’ouvragessont plus achetés que vous ne pensez ; tous les prédicateurs,avocats, et autres gens de la ville et de la province, qui fontmétier de paroles, se jettent à corps perdu sur cette marchandise.
A propos d’avocats et de paroles , avez-vous lu un très - bonDiscours sur l’administration de la justice criminelle , pro-noncé au parlement de Grenoble par un jeune avocat-général ,nommé M. Servan ? vous en serez, je crois, très - content : jevoudrais seulement que le style , en certains endroits , fût unpeu moins recherché ; mais le fond est excellent, et ce jeunemagistrat est une bonne acquisition pour la philosophie.
J’imagine que l’ouvrage sur les courbes, qu’on imprimeactuellement à Genève, sera bientôt fini. Dites, je vous prie ,à l’imprimeur de n’en envoyer d’exemplaires à personne , avantque l’auteur n’en ait au moins un ; car il est désagréable quedes ouvrages de science courent le monde avant que l’auteursache au moins s’ils sont correctement imprimés.
Faites-moi le plaisir de remettre cette lettre à M. de La Harpe :je lui mande d’écrire un mot d’honnêteté à M. de Boulogne,intendant des finances, auprès duquel j’aurai soin de ménagerses intérêts, quand l’occasion me paraîtra favorable. Son discoursa beaucoup plus de succès que celui de son concurrent ou post-concurrent Gaillard , qui s’est avisé de faire une note où il ditque la superstition appuyée de l’autorité légitime a droit de fairerespecter ses oracles , et que le rebelle a toujours tort : imaginez-vous quelle bêtise! il n’a dit cette impertinence que pour jus-tifier la persécution contre les philosophes; et il résulte de sonbeau principe que les persécutions contre les chrétiens mêmeétaient très - justes. Ainsi il aura contre lui, par ce beau traitde plume, et dévots et anti-dévots ; j’en ai dit hier mon avis enpleine Académie , et nos dévots même ont trouvé que j’avaisraison. On dit pourtant du bien de ce Gaillard, mais il a desliaisons avec gens qui me sont suspects : dis-moi qui tu hantes, etc.Ses notes n’ont point été lues à l’Académie : je vous prie decroire qu’on n’eût pas souffert celle dont je vous parle.
Croyez-vous que les gloire-cu , victoire-eu, etc., qui sont sichoquantes dàns notre musique, soient absolument la faute denotre langue? Je crois que c’est, au moins pour les trois quarts,celle de nos musiciens , et qu’on pourrait éviter cette désinencedésagréable en mettant la note sensible ( madame Denis me