i6a CORRESPONDANCE
résider. Cette aventure fera sans doute dire et faire bien dessottises aux imbe'ciles et aux fanatiques des deux partis. Vousne voulez donc pas m’envoyer cette petite figure que je vousdemande depuis tant de temps avec tant d’instance. Est-ce quel’original ne m’en croit pas digne, ou bien est-ce qu’il ne m’aimeplus ? J’aurais bien envie de le quereller aussi sur ce que je nereçois jamais de lui rien de ce qu’il pourrait m’envoyer, nil’anecdote sur Bélisaire , de son ami l’abbé Mauduit, ni lesHonnêtetés littéraires que je n’ai pas encore lues , ni la Lettreà Klie de Beaumont, ni le Poème sur la belle guerre de Genèveaussi intéressante que celle de nos pe'dans en robe et en sou-tane. Dites à l’auteur de toutes ces pièces qu’il a tort d’oublierainsi ses amis.
Paris , 12 mai 15G7.
«Je crois, mon cher maître , vous avoir parlé, dans ma dernièrelettre, d’une liste de propositions que la Sorbonne a extraites deBélisaire, pour les condamner ; liste qui est le comble de l’atro-cité et de la bêtise. Cette canaille mourait de peur que cette listene se répandît avant la censure : en conséquence les amis deMarmontel l’ont fait imprimer , et frère Damilaville vous l’en-verra : vous ne pourrez pas en croire vos yeux, tant ces animaux-là sont absurdes. Je me flatte que le cri public va les faire ren-trer dans la boue, et qu’ils n’oseront pas publier leur censure ,tant la seule liste des propositions les rendra d’avance odieux etridicules.
Chabanon m’étonne et m’afllige beaucoup en m’apprenant;que vous n’êtes pas content de sa pièce. Je vous avoue qu’ellem’a fait beaucoup de plaisir , et me paraissait bien meilleureque dans le premier état ; mais vous vous y connaissez mieuxque moi. La seule chose qurye vous demande , mon cher maître,et que mou amitié pour Chabanon exige de la vôtre pour moi ,c’est de vouloir bien donner à son ouvrage , pour le fond et pourles détails, toute l’attention possible ; Chabanon le mérite euvérité, et par lui-même , et par les sentimens qu’il a pour vous.L’intérêt que vous lui marquerez en cette occasion sera unenouvelle obligation que je vous aurai ; car on ne saurait lui êtreplus attaché que je ne le suis.
Voilà donc les jésuites chassés d’Espagne et puis de France ,grâce à l’abbé de Chauvelin , et vraisemblablement bientôt deNaples èt de Parme. On dit pourtant que Naples sera difficile ,parce qu’ils y ont à leurs ordres cent cinquante mille coquins.L’autre jour je déplorais leur sort ; car au fond je suis bon