AVEC VOLTAIRE. r 9 3
honat, qui vous a, dit-on, envoyé des vers charmans ? serait-ceune descendante de Virgile Maron ?
Vous faites donc VEncyclopédie à vous tout seul ? Vous avezbien raison de dire qu’on a employé trop de manœuvres à cetouvrage, et qu’on y a mis trop de déclamation. En vérité, onest bien bon d’en avoir tant de peur, et de ruiner par ce motifde pauvres libraires. C’est un habit d’arlequin où il y a quelquesmorceaux de bonne étoffe, et trop de haillons. Bonjour, moncher et illustre maître; aimez-moi et portez-vous bien; mesrespects à madame Denis. Le chevalier de La Tremblaye est enpeine de savoir si vous avez reçu, il y a quelques mois, les re-mercîmens qu’il vous a faits au sujet, je crois, de vos œuvres quevous lui avez envoyées.
Paris, 9 mais 1770.
Nos lettres se sont croisées , mon cher et illustre maître. Vousavez dû voir, par la mienne, que si je ne vous ai pas réponduplus tôt, c’est que depuis six semaines j’ai l’honneur d’être im-bécile ; plaignez-moi donc et ne me grondez pas. Tous nos amiscommuns sont témoins de mon tendre attachement pour vous ;aux sentimens de qui rendriez-vous justice , si vous ne la rendiezpas aux miens ?
Je verrai Panckoucke et je le tranquilliserai, si cependant unpauvre diable , qui a cent mille écus en papier sous un hangarà la Bastille, peut être dûment tranquillisé. Je ne comprends pas,je vous l’avoue, pourquoi on veut empêcher de répandre, dansle royaume et en Europe , quatre mille exemplaires de VEncy-clopédie, lorsqu’il y en a déjà quatre mille de distribués.
On s’égorge donc dans Genève , Dieu merci, et ce n’est paspour la consubstantialité ou consubstantiabilité du Verbe. A quoipense l’orateur Vernet, de ne pas faire comme ce philosophedont parle Tacite, d’aller se mettre entre les deux armées ,bona pacis et bclli mala disserens; il y attraperait quelquecoup de fusil ou de broche, et ce serait grand dommage.
Oui vraiment, je sais que vous êLes devenu capucin , et je vousfais mon compliment sur cette nouvelle dignité séraphique. Nevous avisez pas au moins de vous faire jésuite , surtout en Bre-tagne , car ils y sont actuellement très-mal menés, et on vientde les en chasser pour prix des troubles qu’ils y excitent depuistrois à quatre ans. Le roi de Prusse me mande qu’il est le meil-leur ami du cordelier-pape , et que le successeur de Barjone leregarde, tout hérétique qu’il est, comme le soutien de sa gardeprétorienne-ignatienne , que les autres majestés très-chrétiennes5. 13