AVEC VOLTAIRE. 197
réussi : je n’en sais pas plus là-dessus que le public, qui pour-rait bien n’en rien savoir. Dès que Duclos sera de retour, je luidonnerai votre mémoire; au reste, je vous avertis que l’hommequi bat sa femme et qui est espion de la police , est protégé au-delà de tout ce que vous pouvez croire, et que la personne deFrance la plus respectable après le maître, lui a sauvé, en der-nier lieu, le For-l’Évêque ou Fort-l’Évêque, qu’il avait méritépour je ne sais quelle impertinente nouvelle.
Priez Dieu pour l’âme de l’archidiacre Trublet, mort à Saint-Malo le i 4 , après avoir porté l’aumusse pendant quatre ans avecgrande édification. Son Journal chrétien a dû lui faire ouvrir lesdeux battans du paradis. J’espère que nous aurons Saint-Lam-bert à sa place, et qu’il pourra nous consoler de cette perte.
Priez Dieu surtout, mon cher ami, pour ma pauvre tête, carje n’en ai plus ; il ne me reste qu’un cœur pour vous aimer , etune plume pour vous le dire.
Paris, 12 avril 1770.
M . Duclos est arrivé, il y a dix ou douze jours, mon cher etillustre maître : je n’ai rien eu de plus pressé que de lui donnerle mémoire sur le sieurRoyou. Il m’a demandé un peu de tempspour faire des informations; et c’est ce qui a retardé tant soitpeu la réponse que je vous dois à ce sujet. Il s’est donc informéà différentes personnes de Bretagne qui sont à Paris, et qui luiont toutes assuré que ce Royou est, à la vérité, un homme debeaucoup d’esprit, mais un très-mauvais sujet. On a dû écrire ,il y a quelques jours en Bretagne, pour avoir plus de détail, eton attend la réponse dont je nfe manquerai pas de vous faire part.En attendant, M. Duclos, qui me charge de vous faire millecomplimens et remercîmens de votre confiance , vous exhorte àaller, comme on dit , bride en main et à ne pas vous intéresserpour ce Royou , avant que de savoir s’il en est digne. Yous n’i-gnorez pas, sans doute, que notre confrère était allé à Saintespour négocier avec M. de La Chalotais qui n’a voulu entendre àrien, et qui ne demande qu’à être jugé et à retourner à ses fonc-tions. Yoilà l’affaire de M. le duc d’Aiguillon entamée; elle pour-rait devenir très-sérieuse, mais elle pourrait bien aussi n’aboutirà rien, comme il n’arrive que trop dans ce drôle de pays.
Le libraire Pauckoucke , qui voit toujours ses cent mille échsen l’air, parla déconfiture de Y Encyclopédie, se propose d’allerincessamment vous rendre ses hommages. C’est un honnête gar-çon dont je crois que vous serez content, quoiqu’il ait fait, pen-dant quelque temps, comme vous le lui avez dit, la litière de