Band 
Tome cinquième.
Seite
219
JPEG-Download
 

AVEC VOLTAIRE. 219

Il est inconcevable que vous n’ayez pas reçu YElogede Racine ;il y a plus de quinze jours que l’auteur vous l’a envoyé parMarin. Samedi dernier, sur mes représentations, il en a faitpartir un nouveau par la même voie ; j’espère que vous l’aurezenfin, et vous le trouverez tel qu’on vous l’a dit, très-beau. Lechevalier de Chàtelux n’a jamais entendu parler de ce curé deFresnes ; mais i^ira aux informations, et promptement, et vous,en rendra compte lui-même , et sera charmé d’avoir ce prétextepour vous écrire. *

Savez-vous que l’archevêque de Paris n’a pas osé aller officierà cette belle fête du Triomphe de la Foi? Il s’habillait, dit-on,pour y aller ; je ne sais qui est venu lui dire qu’il faisait unesottise, et il a envoyé dire qu’il ne viendrait pas, au curé deSaint-Roch , qui en tombera malade. C’est un petit abbé deMalide , évêque d’Avranches, qui a eu la platitude de le rem-placer. Il a bien prouvé, ce jour-là, qu’il était tout évêqued’Avranches.

Adieu, mon cher ami, mes complimens très-tendres à l’avocatBelleguier, et mes sincèr embrassemens à Raton. Tuus exanimo.

Bertrand.

Paris, 1". février 1773.

J’attends, mon cher maître, avec impatience , la diatribe deRaton-Belleguier, et je vous assure que Bertrand sent déjà deloin l’odeur des marrons, et qu’il a bien envie, non-seulementde les croquer, mais de les faire croquer à tous les Bertrands etRatons ses confrères.

Bertrand-Condorcet demeure rue de Louis-le-Grand, vis-à-vis la rue d’Antin. Vous pouvez compter sur son zèle. "Vousrecevrez , dans le courant du mois , vin ouvrage de sa façon , qui,je crois, ne vous déplaira pas. Ce sont les Eloges des académi-ciens des sciences morts avant le commencement du siècle , etque Fontenelle avait laissés à faire. Vous y trouverez , si je neme trompe, beaucoup de savoir, de philosophie et de goût. J’es-père que , si notre Académie des sciences a le sens commun, ellele prendra pour secrétaire ; car il nous en faudra bientôt unautre.

Bertrand attend , avec impatience, la réponse de Catau ; maisil craint bien qu’elle 11e soit plus polie que favorable. Il a peurque la philosophie ne soit dans le cas de dire des rois ce que lepêcheur de Zadig dit des poissons : Ils sc moquent de moi commeles hommes , je ne prends rien. A tout événement, il vous infor-