s58 CORRESPONDANCE
a dans les sciences plus d’une place honorable , comme il y a, sion en croit l’Evangile , plusieurs demeures dans la maison dupère céleste; et M. Lambert peut être très-digne d’occuper unede ces places. On assure d’ailleurs qu’il a fait plusieurs excellensouvrages qui ne me sont point parvenus. Je le trouverais encoreassez bien partagé , quand il serait à M. Euler ( pour parler ma-thématiquement ) en même proportion que Descartes et Newtonsont à Bayle , suivant votre majesté, ou que Bayle est à Descar-tes et Newton, selon un géomètre de votre connaissance; ou ,pour employer une comparaison qui ne souffre point de contra-dicteurs , en même proportion que Marc-Aurèle et Gustave Adol-phe sont à un monarque que je n’ose nommer.
Je prends la liberté, sire , de recommander de nouveau auxbontés de votre majesté, M. Thiébault, le professeur de grammaireque j’ai eu l’honneur de lui envoyer, et qui doit actuellementavoir reçu ses ordres. Elle aura sûrement lieu d’en être contentea tous égards. Je souhaiterais qu’elle le fût de même d’un ou-vrage qu’elle recevra bientôt, et dans lequel j’ai tâché de dire lavérité, qui n’e'tait pas trop aisée à dire. C’est une histoire phi-losophique du désastre que vient d’éprouver en France la véné-rable société de Jésus. J’aurais écrit avec plus d’intérêt et de sa-tisfaction l’histoire de votre majesté ; ses victoires , ses lois , sesouvrages , sont un objet un peu plus digne de la postérité , quel’émigration d’une horde de fanatiques , expulsés par d’autres ;mais , sire , cet ouvrage ne doit point être fait par une autremain que par la vôtre ; c’est aux dieux seuls qu’il appartient deparler dignement d’eux-mêmes.
Je suis avec le plus profond respect, et avec des sentimensencore plus chers à mon cœur, etc.
Paris, 28 octobre i;65.
SiRE , tandis que votre majesté se plongeait dans les eaux deJLandeck, j’ai vu de près celles du Styx ; une inflammation d’en-trailles m’avait mis un pied dans la barque , dirai-je fatale oufavorable? je touchais sans regret au terme des maux de la vie ,et j’avais déjà prié M. Watelet d’assurer votre majesté que jemourrais plein de reconnaissance , de respect et d’attachementpour elle. Enfin , sire , le nautonnier des sombres bords , aprèsavoir hésité quelques jours , m’a déclaré qu’il ne voulait pas en-core de moi ; je ne sais quand il lui plaira de me recevoir tout-à-fait, mais je me traîne encore , ce me semble, à une assezpetite distance du rivage dont il me repousse ; ma santé est plus