AVEC LE ROI DE PRUSSE. 3o5
teste l’intolérance, et qui n’exige d’autre culte de la part deshommes, que celui de s’aimer et de se supporter les uns les autres.Quand on aurait une fois bien inculqué ces vérités au peuple,il ne faudrait pas, je crois , beaucoup d’effort pour lui faire ou-blier les dogmes dont on l’a bercé , et qu’il n’a saisis avec uneespèce d’avidité , que parce qu’on n’y a rien substitué de meil-leur. Le peup’e est sans doute un animal imbécile qui se laisseconduire dans les ténèbres, quand on ne lui présente pas quel-que chose de mieux ; mais ofl'rez-lui la vérité; si cette vérité estsimple , et surtout si elle va droit à son cœur, comme la religionque je propose de lui prêcher, il me paraît infaillible qu’il lasaisira, et qu’il n’en voudra plus d’autre. Malheureusementnous sommes encore bien loin de cette heureuse révolution desesprits.
Je viens enfin, sire , à ce prince tant loué pendant sa vie ,peut-être trop déchiré après sa mort., mais auquel il me semblepourtant qu’on commence à rendre ce qui lui est du, sans hu-meur comme sans flatterie. Malgré l’avantage qu’il a d’être dé-fendu par un prince beaucoup plus grand que lui à tous égards ,comme toute l’Europe le pense aujourd’hui, et comme la pos-térité le pensera encore davantage, je prendrai, sire, la libertéde dire de ce prince, à votFe majesté, ce que La Fontaine di-sait de S. Paul à son confesseur, votre S. Paul nest pas monhomme. Je conviens de ce qu’il a fait de grand et même d’utile ;je conviens que les sciences, les arts et les lettres lui doiventbeaucoup; mais ses guerres , souvent très-injustes, son faste,son orgueil , son intolérance, sa révocation de l’édit de Nantes,son dévouement aux jésuites, tout cela , sire , met contre lui unfurieux poids dans la balance. A l’égard de l'exemple qu’il adonné aux autres souverains d’avoir sur pied des armées énor-mes, il faut d’abord, sire, pour peu qu’on soit juste, commen-cer par convenir que dans la position actuelle, il est impossibleaux souverains même les plus pleins de lumières , de ne pas suivrecet exemple ; il serait également contre la raison , et contre cequ’ils doivent à leurs sujets, de rester sans force , tandis que toutest armé autour d’eux jusqu’aux dents. Mais je ppends la libertéde le demander à votre majesté, n’aimerait-elle pas mieux, sisa situation ne l’y forçait pas, avoir cent mille laboureurs deplus, et cent mille soldats de moins ? les uns l’enrichiraient, lesautres lui coûtent beaucoup. Je sais que ces grandes armées fontfinir les guerres plus tôt; mais, sire, ces guerres ne finissent, fine par l’épuisement ; et il vaut, cerne semble, encore mieux,si ou a cent mille hommes à perdre , les perdre en vingt outrente ans, que de les perdre en six ou sept années. Je conviens