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Tome cinquième.
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3o8 CORRESPONDANCE

m’exprimer sur l’existence et la nature de l’Etre suprême, onde l’Etre appelé Dieu. Votre majesté ne veut pas qu’il soitpurement matériel, et j’en suis d’accord ; elle ne peut se for-mer une idée d’un esprit pur, et j’en suis d’accord aussi ; elleregarde Dieu en conséquence comme l’intelligence attachée àl'organisation éternelle des mondes qui existent. Il résulte, ceme semble , de cette proposition , que Dieu n’est autre chose,suivant votre majesté, qu e la matière, en tant qu’intelligente,et je ne vois pas qu’on puisse y rien opposer, puisqu’il est certaind’une part qu’il y a du moins une portion de la matière qui estdouée d’intelligence, et qu’on est très-libre de donner le nomde Dieu à la matière, en tant que douée de cet attribut.

Je me trouve encore, sire, parfaitement d’accord avec votremajesté sur la définition de la liberté. Je la définis ainsi quevotre majesté, cet acte de notre volonté qui nous fait opter entredifférons partis, et qui détermine notre choix. Mais je prétends,et votre majesté n’en disconvient pas, ce me semble, qu’il y atoujours des motifs ou des causes quelconques qui nous déter-minent nécessairement , et je ne vois pas que les observations devotre majesté prouvent le contraire; ceux qui résistent à leurspassions, y résistent par des motifs qui sont plus forts auprèsd’eux que ces passions même; et les exhortations, les peines,les récompenses , lorsqu’elles déferminent les hommes , les dé-terminent par la raison qu’elles out plus de pouvoir sur eux queles motifs contraires. Il me semble donc que nous agissons tou-jours nécessairement, quoique volontairement. C’est très-vo/on-tairenient que je ne m’empoisosine pas, mais c’est en mêmetemps nécessairement, parce que les raisons qui m’attachent, ence moment à la vie, sont plus fortes que celles qui pourraientm’en détacher.

Quant à la question de savoir s’il faut au peuple un autre cultequ une religion raisonnable, comme je ne puis malheureusementapporter d’exemple du contraire, tandis que votre majesté apour elle toute la surface de notre petit tas de boue , je seraisbien tenté de croire qu’elle a raison. Si le traité de Westphaliepermettait une quatrième religion dans l’Empire, je prieraisvotre majesté de faire bâtir à Berlin ou à Potsdam un templefort simple où Dieu fût honoré d’une manière digne de lui, ohl’on ne'prêchât que l’humanité et la justice; et si la foule n’al-lait pas à ce temple au bout de quelques années ( car il fautbren accorder quelques années à la raison pour gagner sacause ), votre majesté serait pleinement victorieuse; ce neserait pas la première fois. Je ne dirai qu’un mot de Louis XIV;