33o CORRESPONDANCE
raison , je me suis hâté de l’annoncer d’avance à mes confrèresles encyclopédistes , qui ont avec l’Église cela seul de commun,d’abhorrer le sang comme elle. Plaisanterie à part, sire, cettepaix comblera desgloire votre majesté, qui joue dans toute cetteaffaire un rôle si grand et si digne d’elle ; j’avoue qu’une nou-velle gloire à votre majesté est, comme on dit, de l’eau portéeà la rivière; mais cette eau, sire, est toujours bonne, quandelle vient d’une aussi bonne source , et qu’elle joint au titre dehéros celui de pacificateur.
Je suis seulement fâché, et mes confrères les encyclopédistespartagent ma peine, que la réêdification de ce temple si édifiantde Jérusalem ne puisse pas faire dans le traité un petit articlesecret. Il faudra donc que les Juifs prennent patience pour allers’établir sur les bords du Jourdain; j’espère au moins que lesTurcs se feront encore battre dans la première guerre qu’ilsferont à quelque monarque philosophe en effet, et chrétienpour la forme, et que ce héros philosophe et mauvais chrétienrendra ce petit service aux juifs, dont il pourrait même tirerquelque argent à cette bonne intention ; car tout bienfait méritereconnaissance.
Le professeur que j’ai eu l’honneur d’envoyer à votre majesté,,doit actuellement, si je ne me trompe, être arrivé à Berlin;j’espère que votre majesté l’aura vu , et je ne doute point qu’il nejustifie, par son travail et par sa conduite, ce que j’ai annoncéde lui. Je ne sais si votre majesté est informée que M. Thiriot,chargé de sa correspondance littéraire , tire absolument à sa fin ;en cas que votre majesté ne lui ait pas déjà destiné un succes-seur, et qu’elle veuille bien avoir sur ce sujet quelque confianceen mon choix , je prends la liberté de lui proposer pour rem-placer M. Thiriot, et aux mêmes conditions, M. Suard , hommed’esprit, de goût et de probité , qui a travaillé long-temps avecsuccès au Journal étranger e t à la Gazette littéraire, et qui estauteur d’une excellente traduction française de l’Histoire deCharles-Quint , par Robertson. J’ose assurer votre majestéqu’elle ne peut faire à tous égards un meilleur choix pour rem-placer M. Thiriot, et j’ose de plus me flatter qu’elle voudra bienm’en croire, tant par le zèle qu’elle me connaît pour ce quil’intéresse, que par l’expérience qu’elle a déjà faite de l’atten-tion scrupuleuse que j’ai apportée à tous les choix dont ellem’a fait l’honneur de me charger.
Je suis avec le plus profond respect, la plus vive reconnais-sance , et la plus sincère admiration, etc.